Un film de
Mehdi Charef, avec Cylia Malki, Baya Belal, Jean-Roger Milo.
SYNOPSIS :
Rallia est une jeune maghrébine en quête d'identité. Abandonnée en Europe dès sa naissance, elle n'a jamais connu sa mère, Keltoum.
Un été, Rallia décide de retourner au bled afin de la retrouver et de comprendre les raisons qui l'ont incitée à l'abandonner.
Hébergée par sa famille, Rallia découvre avec stupeur la misère, la violence et l'intolérance de son pays d'origine. Rejetée par ses pairs, elle est sans cesse harcelée par sa tante Nedjma qui voit son arrivée d'un mauvais oeil.
Au cours de ses recherches, Rallia découvre que Keltoum travaille dans un grand hôtel sur la côte touristique...
L’AVIS DE LA REDACTION :
Tout commence par un retour au pays, une immersion en terre inconnue, qui se transforme peu à peu en cahoteux parcours initiatique... De naissance maghrébine, abandonnée par sa mère, puis élevée en Suisse par des parents adoptifs, Rallia, désignée comme "la fille de Keltoum", souffre de son déracinement et part en quête de ses origines.
Alors que la plupart des filles de son âge aspirent à fuir leur montagne aride pour l’Europe, elle entreprend le chemin inverse. Un beau rêve qui, très rapidement, devient cauchemar. Comme on peut s’y attendre, c’est le clash des cultures qui prédomine : la jeune femme frêle et libre qui s’avance la tête dénudée, sous une chaleur accablante, n’a pas sa place ce décor.
Elle est en trop, elle est d’ailleurs. En dépit de l’accueil bienveillant du grand-père, des mises en garde opiniâtres de la vieille tante, Rallia ira de déceptions en désenchantements. Ce qu’elle imaginait sous les apprêts un paradis se révèle être un enfer. L’espoir du début, l’envie de la découverte, se meuvent alors en une sourde révolte. Révolte contre sa mère - éternelle absente -, révolte contre les siens, contre ce maudit pays qui la rejette... D’ailleurs, est-elle véritablement "la fille de Keltoum" ?
Le film de Medhi Charef comporte une part autobiographique, et se veut avant tout sincère. On sent que le sujet lui tient à cœur. Mais il dépasse le stade psychologique du retour sur soi, du simple cheminement personnel, pour accéder à une dimension beaucoup plus politique, et c’est peut-être à ce titre que le cinéaste est le plus incisif, le plus convaincant.
LA FILLE DE KELTOUM est un dévoilement. Un regard sans complaisance sur la condition de la femme, asservie, bafouée, méprisée. Une scène très dure où une femme, enchaînée, se traîne comme un chien derrière son mari qui vient de la répudier, donne la chair de poule. Bien sûr, Medhi Charef force sciemment le trait. Tout est exagéré, grossi à la loupe. Mais l’ensemble produit son efficacité. D’autant que ce film, résolument émotionnel, fait la part belle aux actrices : Cylia Malki et Baya Belal, dans les rôles respectifs de la fille et de la sœur de Keltoum, impressionnent par l’authenticité de leurs rapports de haine et d’amour. En définitive, peu importe que Rallia soit ou non "La fille de Keltoum". C’est à elle - et à elle seule - qu’il appartient de se construire une identité et de conquérir son autonomie !
Laurence Berger
NOTES DU REALISATEUR :
"Je suis parti enfant de l’Algérie. Pour moi, cette montagne était le paradis et ses habitants des princes. Trente ans après j’y suis retourné. J’ai découvert un nouveau pays et rencontré ce film.
L’envie de tourner au Maghreb me poursuivait depuis mon premier film. Je voulais raconter l’histoire d’un enfant Arabe tiraillé entre son amitié pour ses copains Juifs et Français et le drame de la guerre d’Algérie. J’avais l’intention d’aller chercher là-bas ce qui subsistait de cette enfance, de cette tragédie. Je me sentais assez fort, pour revenir dans ce passé effroyable. J’y suis allé… J’ai trouvé les femmes, les filles de ma montagne. J’ai reconnu leurs chants, leurs rires, leurs pleurs, j’ai changé d’avis, j’ai changé de film.
Cette montagne est nulle part. Elle est tellement isolée, lointaine qu’elle semble se détacher du pays où elle se trouve. Personne ne s’en soucie. Sa seule richesse est le courage de ceux qui l’habitent. C’est ma montagne ; et ces femmes sont ma mère, mes sœurs, il aurait pu y avoir ma fille. Elles naissent dévouées à leur père, leur mari, à leur fils.
Elles se nient pour laisser croire à l’homme orgueilleux qu’il est fort et puissant. Car l’homme est faible et il ne faut pas qu’il ait peur sur cette montagne où il est si dur de survivre.
Le sacrifice de ces femmes m’est intolérable.
C’est un film universel. Qu’elles soient d’un désert du Maghreb ou d’une ville d’Europe, la femme garde le réflexe du sacrifice lorsqu’il faut arrondir les contit.
J’ai fait ce film pour que toutes se reconnaissent dans cette aventure. De chaque rencontre, même la plus dure, on en sort changé, grandi. Elles nous élèvent."
Mehdi Charef