Sept aspirants à un poste de cadre exécutif se présentent à un entretien de sélection pour travailler dans une multinationale. Ils se retrouvent tous dans une salle de réunion en attendant que le processus de recrutement commence.
Connaissez-vous la « Méthode Grönholm » ? Non ? Rien d’étonnant à cela puisque cette « méthode » est une pratique fictive de recrutement, basée sur une pression psychologique exercée en continu sur le postulant, poussant ce dernier toujours plus près de la limite de la moralité. Vous voulez toujours ce poste ? Alors signez là et que le massacre commence…
Adaptée du huis clos théâtral de
Jordi Galceran, l’expérience s’avère périlleuse de prime abord : observer sept rats de laboratoire discuter Economie en costumes Gucci n’est pas une perspective des plus séduisantes. C’était sans compter l’illustre présence de
Mateo Gil au scénario. Habituel compère d’
Alejandro Amenabar (
Tesis,
Ouvre Les Yeux,
Mar Adentro), Gil nous sert une nouvelle fois une intrigue d’une intelligence implacable et d’un machiavélisme génial.
Marcelo Piñeyro ne s’y trompe pas et réalise un huis clos étouffant, passionnant, doublé d’une accablante critique du capitalisme moderne ainsi que d’une virulente dénonciation de l’amoralité de la classe dite « dominante »… Le tout dans un gant de velours, s’il vous plaît…
Sous couvert d’un discours politiquement correct – mais qui s’avèrera l’être de moins en moins – ces cadres, filmés au plus près, tentent de justifier leurs intérêts bassement personnels. Délation, trahison, sexe, diffamation, … rien n’est trop bas pour décrocher le gros lot, la violence des propos étant en perpétuelle balance avec une atmosphère feutrée et une photo classiquement soignée. On sourit, on s’offusque puis on s’effraie devant ces requins qui grincent dangereusement des dents.
Méconnu en France, mais aidé d’une troupe d’acteurs au couteau,
Marcelo Piñeyro s’affiche comme un bon, un très bon même, et nous offre une fable moralement très incorrecte, rondement menée.
Vous reprendrez bien un peu d’arsenic… ?
Eléonore Guerra