Comment avez-vous imaginé les personnages principaux ? Vous êtes-vous inspiré de la personnalité des Indiens qui les interprètent ?
Ambrosio, qui incarne Nadio, est l’acteur principal. Je l’ai rencontré en 2004, quand je suis allé à Dourados dans le Mato Grosso Do Sul. Je voyageais avec ma décoratrice Caterina Giargia et l’avocat spécialisé Nereu Schneider, engagé depuis longtemps dans la défense des communautés indiennes de la région. Quand nous sommes arrivés sur place, Ambrosio était parti chasser dans une forêt – ou ce qu’il en reste – assez éloignée. Nous avons alors aperçu un petit groupe de jeunes Indiens, en jeans et torses nus, armés d’arcs et de flèches : ils ne semblaient pas agressifs à notre égard car ils ont reconnu Nereu, même s’ils ne savaient pas qui d’autre était avec lui. Le lendemain, nous sommes retournés sur place. Ambrosio était là : son visage et son sens de l’éloquence nous ont immédiatement fasci- nés. Cela faisait trois mois que lui et sa tribu occupaient cette terre – leur terre – et il était légitimement en guerre avec les propriétaires terriens. J’ai aperçu des tentes en plastique, comme celles qu’on voit dans le film, et Ambrosio m’a montré une petite cabane en bois, de l’autre côté de la rivière, où vivait un ouvrier blanc de la fazenda (l’exploitation agricole) censé les surveiller. Mais le type se sentait seul et venait souvent boire du maté avec eux. J’ai su alors quel film je voulais faire et quelle histoire je voulais raconter : j’avais trouvé là des comédiens en puissance.