Land of the Dead (le territoire des morts) : Notre interview de George Romero !

Land of the Dead (le territoire des morts) : Notre interview de George Romero !
Après avoir poussé les portes d'un célèbre hôtel parisien, des rêves de gamin plein la tête, nous y découvrons un grand gaillard, svelte (pour ne pas dire frêle), le visage caché derrière une paire de carreaux démesurée, une cigarette au bec… Il s'agit de George A. Romero, le maître incontesté du cinéma d'horreur et, soit dit en passant, un hôte aussi charmant que loquace... (09/08/05)

Résumé du film Land of the Dead (le territoire des morts) : Notre interview de George Romero !

Après avoir poussé les portes d'un célèbre hôtel parisien, des rêves de gamin plein la tête, nous y découvrons un grand gaillard, svelte (pour ne pas dire frêle), le visage caché derrière une paire de carreaux démesurée, une cigarette au bec… Il s'agit de George A. Romero, le maître incontesté du cinéma d'horreur et, soit dit en passant, un hôte aussi charmant que loquace.



Derrière vos films se cache une critique acerbe de notre société. Militez vous pour la révolution ?
« Je ne crois pas, non. Les films de zombie m'offrent une tribune à travers laquelle je m'exprime. Je ne nomme pas Michael Moore ! Je dirais que mes films tiennent d'avantage de la chronique sociale, une sorte d'instantané de la société.
Si le projet s'est amorcé il y a trois ans, l'aventure a, à ce titre, réellement commencé en 1968. L'histoire est la même d'un film à l'autre, seuls l'époque et le casting changent. Le style évolue, quant à lui, avec son temps. Ce sont donc plus des constats que des pamphlets. »


Vous avez réalisé un film de zombie à chaque décennie, depuis 1968, pourquoi avoir sauté les années 1990 ?
« Je les ai manquées. Je voulais en faire un mais j'ai réalisé trois films entre Le Jour Des Morts-vivants et celui-ci, parmi lesquels Incidents De Parcours et La Part Des Ténèbres.
Peter Grunwald et moi avons ensuite négocié durant deux ans avec New Line, MGM, ou encore la Fox pour monter un film sur un psychopathe. Puis j'ai travaillé un temps sur La Momie, ou encore Resident Evil, mais aucun de ces projets n'a abouti. Ça m'a frustré. J'ai finalement pu réaliser Bruiser, un long-métrage que personne n'a vu mais que j'aime profondément… Il m'a permis de m'échapper de Los Angeles (en anglais « Escape from L.A. » en référence au long-métrage de Carpenter). Je suis donc passé à côté des années 90. J'avais tout de même pondu un premier jet du film. Il traitait de l'extinction de la classe moyenne, des antagonismes de classes, ainsi que de maux non éradiqués tels que le SIDA ou la famine. »


Entre la sortie du Jour Des Morts-vivants et celle de Land Of The Dead, une nouvelle vague de films de zombie a inondé les salles. Votre long-métrage constitue-il le chaînon manquant entre votre trilogie et ces productions dans lesquelles les morts-vivants sont de véritables athlètes ?
« Mes zombies n'ont en effet jamais couru, ce sont des impotents prêts à mordre tout ce qui bouge. C'est un choix délibéré et j'ai préféré axer leur évolution sur leur développement mental et social. Alors qu'ils s'humanisent, ce sont parallèlement les hommes qui régressent et retournent à l'état primitif. Je ne pense pas, cependant, que le film fasse la jonction entre les deux mouvements. Certains s'accordent pourtant à distinguer la Trilogie originelle de ce dernier volet. Ce qui n'est pas le cas…
Bien que je sois passé à côté de la décennie précédente, Big Daddy reprend là où Bob (le zombie « apprivoisé » du Jour Des Morts-vivants) en était arrivé. La même faim, la même frénésie, les mêmes émotions l'animent. Il existe donc une continuité entre la Trilogie et Land Of The Dead.
Quant à L'Armée Des Morts, il a eu plus de succès que mon propre film. Je n'ai ni tenté de créer une passerelle, ni tenté de surfer cette vague à succès. J'ai simplement fait en fonction de mon agenda afin de poursuivre mon travail en le basant sur une même mythologie, tout en l'ancrant dans notre actualité. »


Pour la première fois vous mettez en scène des acteurs relativement connus. Pourquoi changer de ligne de conduite ?
« Quand les acteurs sont inconnus, la tournure du scénario reste imprévisible, faute d'une réelle tête d'affiche. C'est ce qui me plait. Le film a néanmoins requis plus de capitaux qu'à l'accoutumé. Et lorsque l'on investit 8 ou 10 millions de dollars dans un projet, compter sur des acteurs solvables sert de garantie aux producteurs.
J'ai cependant eu la chance d'avoir des acteurs qui voulaient ardemment participer au projet. Le problème du casting à l'hollywoodienne (type participation dite « alimentaire ») ne s'est donc pas posé et l'équipe technique s'est impliquée corps et âmes. Je souhaitais tourner à Pittsburgh, ce qui était impossible financièrement parlant, et nous avons échoué à Toronto par des températures glaciales… Chacun a fait avec. »


L'épilogue reste relativement optimiste. Est-ce une manière de conclure votre tétralogie ?
« J'espère que non ! Tout dépendra du temps qui me reste à vivre… Pour beaucoup d'Américains, en particulier dans la population du sud, les électeurs de Bush donc, les musulmans sont assimilés à des ennemis. En extrapolant, mes zombies seraient leur incarnation. A la fin du long-métrage on parvient pourtant à un équilibre, une sorte d'entente cordiale : « Vous cessez de nous dévorer, nous cessons de vous exterminer. ».
Loin de moi l'idée de prôner un retour à l'ordre. Ce phénomène usuel dans les productions horrifiques tient du ridicule le plus achevé. On passe fréquemment d'un univers totalement dévasté, anéanti, à une reconstruction qui s'effectue en toute harmonie, main dans la main… J'espère ne pas en être arrivé là ! »


Parlez-nous de votre éventuelle participation à l'anthologie de Mick Garris Masters of Horror.
« Je ne suis pas sûr de pouvoir y participer. Nous travaillons sur l'édition DVD de Land of the dead et sur son director's cut. J'ai également quelques autres projets qui me tiennent à cœur. Je ne sais donc pas si je ferais partie de l'aventure. »

Grégory Delavallée (Paris, Juillet 2005)

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