Le Dauphin

Le Dauphin

Un film de , avec Maria Joao Seixas, ,
Genre : Drame - Durée : 1H23 mn
Sortie en salles le 15 Janvier 2003
Spectateurs

Résumé du film

Un film de , avec Maria Joao Seixas, ,


SYNOPSIS :

La Portugal, à la fin des années 60. Tomás Palma Bravo, le Dauphin, est l'héritier d'un monde en décomposition. C'est lui le propriétaire de la Lagune, de Maria das Mercês, sa femme stérile, de Domingos, son domestique noir et manchot, d'un molosse et d'une "Jaguar E", qui le conduit à Lisbonne et chez les putes.
Un chasseur, détective et narrateur, qui chaque année revient à la Lagune pour chasser le canard royal, découvre un an plus tard que Domingos a été retrouvé mort dans le lit du couple Palma Bravo et que Maria das Mercês a été retrouvée flottant dans la Lagune. Quant à Tomás Palma Bravo et à son molosse, on lui dit qu'ils ont disparu sans laisser de trace. Et que du brouillard de la Lagune on entend maintenant de mystérieux aboiements.


"LE DAUPHIN" : L'ABSTRAIT ET LE CONCRET

Par João Lopes


Il est presque inévitable qu'un film comme Le Dauphin passe, aux yeux d'un étranger, pour un gigantesque et ambitieux mélodrame abstrait. Il y a là tout pour ça: clivage brutal entre le masculin et le féminin ; présence d'une nature hantée; enfin, alliance tragique entre le désir et la mort. Et l'on pourra se demander: qu'y a-t-il de concret dans ce labyrinthe d'amour et de haine où tous les personnages semblent touchés par une énigme? Ou encore: qu'est-ce que cette histoire d'un mari autoritaire et d'une femme frustrée a à voir avec le Portugal des années 60?

Peut-être la meilleure réponse est-elle celle-ci: de fait, même pour un spectateur portugais, Le Dauphin a quelque chose d'éminemment abstrait. C'est un tissu de choses transparentes et d'objets sans nom, de paroles dites et de paroles tues à jamais. Les souvenirs dont nous parvient ici l'écho nous reportent aux histoires perdues d'un pays qui, il y a un peu plus de trente ans, existait au croisement d'un présent douloureux (la guerre dans les colonies d'Afrique) et d'une profonde angoisse intérieure (un système archaïque de relations humaines, familiales et sexuelles). Tout existait, à dire vrai, comme si le temps avait été suspendu, comme si tout se mourait dans le silence qui enveloppait tout.

Bien sûr les racines de tout cela étaient déjà dans le roman homonyme sur lequel se base le film de . Le Dauphin de José Cardoso Pires est même un des textes fondamentaux de la fin des années 60, un témoignage de ce silence paralysant et également une forme singulière de résistance à ses effets.

n'a pas "illustré" le roman. D'ailleurs, comment donner à voir l'invisible? Son film réfuse toute vision manichéenne, pamphlétaire, ou même strictement politique de ce Portugal où le dictateur Salazar était en train de disparaître de la scène. Plus encore: Le Dauphin est un film qui se distingue clairement de toutes les fictions portugaises, postérieures à la révolution du 25 avril 1974, qui réduisent les années Salazar à une opposition simpliste entre les "policiers" du régime et les "résistants", drapeau toujours brandi.

Ce que est arrivé à filmer, c'est finalement une histoire de décadence et de peur où tout finit par confluer au lieu le plus radical de l'histoire de chaque personnage: son corps. Et, vues sous cet angle, les interprétations d'Alexandra Lencastre et de (respectivement Maria das Mercês et Tomás) sont une chose rare et précieuse dans le contexte portugais. D'une part, ils échappent aux conventions du feuilleton ("telenovela"), le genre de fiction qui a triomphé dans les télévisions portugaises; d'autre part, ils affirment l'irréductibilité de l'histoire de chaque personnage, c'est-à-dire qu'ils donnent à voir la violence terminale de la solitude.

Le Dauphin est finalement un film sur le sentiment très portugais qui découle de cette solitude: la tristesse. Mais ce n'est pas qu'un film triste: le courage de regarder en face cette tristesse est une preuve d'amour pour le concret. Et de passion pour l'abstrait.

Lisbonne, 5 août 2002


FICHE ARTISTIQUE :

: Palma Bravo
ALEXANDRA LENCASTRE : Maria das Mercês
RUI MORISSON : chasseur
ISABEL RUTH : Aninhas
MILTON LOPES : Domingos
MIGUEL GUILHERME : le prêtre
RITA LOUREIRO : jeune femme
JOSÉ PINTO : vendeur de loterie


FICHE TECHNIQUE :

Réalisation :
D'après l'œuvre de : JOSÉ CARDOSO PIRES
Scénario : VASCO PULIDO VALENTE
Image : EDUARDO SERRA (AIP)
Art direction : MARIA JOSÉ BRANCO
Son : PHILIPE MOREL & GÉRARD ROUSSEAU
Montage : JACQUES WITTA
Produit par :
Une co-production : MADRAGOA FILMES - GEMINI FILMS & RTP - Radiotelevisão Portuguesa


L’AVIS DE LA PRESSE :

CinéLive:
" La forme est à la fois réfléchie et désincarnée, le cadre est étriqué, à l'image des protagonistes et les contrechamps sur une nature forte et libre accentuent le malaise qui enserre ce fil métrange et trop solennel "
Xavier Leherpeur (article entier disponible dans Cinélive n°64, page 56)

Première :
" adapte un roman de José Cardoso Pires et signe un mélodrame hanté par l'archaisme et la fatalité d'éternelles désillusions. Son film envoûte par sa violence feutrés et sa torpeur mortifère"
S.G. (article entier disponible dans Première n°311, page 30)

Studio Magazine :
" Chronique d'une décadence, apologie de la tristesse, ce film distille un charme envoûtant pour qui saura faire preuve de curiosité"
M.R. (article entier disponible dans Studio Magazine n°185, page 28)
Duree : 1H23 mn
Sortie en salles le 15 Janvier 2003
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