Résumé du film Le départMarc a dix-neuf ans. Il est garçon coiffeur. Mais il ne rêve que voitures, rallyes, courses. Il s'est inscrit, avec une Porsche, au rallye qui doit démarrer dans deux jours, en comptant « emprunter » la voiture de son patron. Il s'entraîne avec elle la nuit, ayant comme co-pilote un copain du salon. Au dernier moment, les deux garçons apprennent que le patron part en week-end avec la voiture. C'est la catastrophe. Marc doit trouver une autre voiture. Galerie Photos : Le départLes avis sur le film Le départ
Critiques : Le départ -
Les Inrocks

" C'est un film sur la jeunesse qui court, se goure, fait n'importe quoi, et qui soudain se pose et se brûle à l'amour. C'est vif, brillant, dans la veine Cocteau, Max Jacob, ou Jean Vigo de la Nouvelle Vague."
Jean-Baptiste Morain (article entier disponible dans Les Inrocks n°823, page 77)
Propos d’Andzrej Kostenko, co-scénariste et assistant chef-opérateur sur la genèse du DépartJ'ai rencontré Jerzy à l'Ecole de cinéma de Lodz. J'étais un ami de Polanski et j'avais travaillé sur ses films d'étudiant. Quand Roman demanda à Jerzy de collaborer à l'écriture du Couteau Dans L’eau, j'eus le privilège d'observer de très près leur façon de travailler. J'ai très vite réalisé l'envergure des personnalités auxquelles j'avais affaire. J'avais suivi des études de directeur de la photographie et Jerzy me proposa d'être assistant chef opérateur sur La Barrière. Pendant le tournage, je suggérais des idées pour les scènes, le scénario étant déjà écrit dans les grandes lignes. La Barrière reçut le Grand Prix au Festival International du Film de Bergame, où Jerzy rencontra Mme Ricquier, tellement conquise par le film qu'elle offrit de financer son projet suivant. Jerzy improvisa une histoire dans l’instant. Elle fut totalement emballée et en acheta aussitôt les droits. De retour en Pologne, Jerzy me proposa de travailler avec lui sur le scénario. Mme Ricquier appelait fréquemment pour savoir comment le travail avançait et il la persuadait à chaque fois que nous étions en train d'écrire un film magistral. Mais un mois plus tard, nous avons réalisé que l'histoire sur laquelle nous étions en train de peiner était, au mieux, une mini fiction TV. Paniqués, nous avons commençé à écrire une intrigue de “secours”, sans lui faire part de nos difficultés ni même entrevoir le bout de l'impasse. Nous nous sommes débrouillés pour écrire quelques scènes piquantes. Mais la deadline expirée, Mme Riquier exigeait le scénario définitif. Nous décidâmes que j'irai à Bruxelles être l'émissaire de la vérité quant à l'avancement réel de notre travail. Nous comptions en fait sur un élan de sympathie patriotique – Mme Ricquier était une émigrée polonaise et parlait parfaitement notre langue.
Bande originale« Quant à ses disques de jazz, il faut être proprement chanceux ou très connaisseur de certains réseaux pour avoir une chance de les trouver de ce côté-ci de l'ex-Rideau de fer. On se croirait revenu au bon vieux temps de la guerre froide ! Grâce à un ami bienveillant et à son admirable baby-sitter polonaise, j'ai eu la bonne fortune d'écouter deux enregistrements live du quintette de Komeda datant respectivement de 1963 et de 1965. Tomasz Stanko, avec sa trompette rauque et vibrante, s'expose en première ligne d'une musique rugueuse et séduisante, flirtant effectivement avec le quintette de Miles de l'époque tout en ouvrant des fenêtres sur la free-music européenne. Les thèmes de Komeda y sont splendides, notamment Astigmatic qui n'est pas repris sur l'album de Stanko. Et si l'on opère un collage instantané entre les films et le jazz, on peut affirmer péremptoirement que Krzysztof Komeda fut, dans ces roaring sixties, un compositeur d'un niveau équivalent à celui d'un Wayne Shorter ou d'un Herbie Hancock, la fantaisie et la variété d'inspiration en plus. Ce qui n'est pas rien. À tout prendre, à la mythique bande originale de Blow Up signée Hancock, on peut définitivement préférer, en cette même année 1967, celle du Départ du funambule Skolimowski, film fou et free avec un Jean-pierre Léaud en pleine forme et un Don Cherry non moins étincelant à la pocket trumpet. Dans ce film d'acrobate traversé par un humour saugrenu, la musique de Komeda pratiquement omniprésente joue un rôle considérable. De la magnifique chanson interprétée par Christiane Legrand à quelques virages vers la musique contemporaine en passant par de grands moments de cavale collective, c'est sans doute la plus belle bande originale de Komeda, en tout cas la plus complète. A tous ceux qui mettront la main sur une cassette du Départ, faute de mieux, je prédis un grand moment d'exaltation cinématographique et musical... »
Thierry Jousse, Les Inrockuptibles, 30 novembre 1996 Le 401e coupQuatrième long-métrage de Jerzy Skolimowski, Le Départ est aussi son unique film belge. C'est donc à travers la nuit claire puis le jour noir de Bruxelles désolé que Jean-pierre Léaud ne cesse de courir, à la poursuite du bonheur, incarné ici par une Porsche introuvable et une hypothétique participation au rallye automobile de Spa. Mais Jean-pierre Léaud ne sera jamais Michel Vaillant. Dès les premières images, dès qu'on reconnaît ce noir et blanc très contrasté qui suffit à dater le film (1967), on comprend que Le Départ constitue la rencontre échevelée entre deux familles de cinéastes voyous qui célébraient leur victoire. Ça ressemble à une première réunion de cousins chahuteurs, malgré le rideau de fer, Jacques Tati faisant figure d'oncle rigolard et bienveillant. Skolimowski amenait avec lui le meilleur Wajda (Les Innocents Charmeurs), l'encore inquiétant Polanski (Le Couteau Dans L’eau) et ses propres fulgurances de boxeur (Walkover). Avec son compère Roman, il était le meilleur représentant de la fameuse Ecole de Lodz. À l'ouest, il tombe tout naturellement sur du nouveau, sur le corps agité de l'acteur qu'avaient inventé Truffaut et Godard pour transmettre et révéler au monde leur prise de pouvoir. Il tient son medium. Et il le plonge dans ce qui s'appelait alors « la société de consommation », les bourgeoises emperruquées, les défilés de mode et les salons de l'auto. Pour que ce soit plus intéressant, il ajoute une fille douce (Catherine Duport, on exige sa filmographie complète) et nappe le tout d'une musique jazzy et d'une chanson échappée de Cléo De 5 à 7. Sans passé et sans avenir, feu follet libéré de toute contingence, le personnage de Léaud évolue sur ce fond sociétal et y introduit la perturbation nécessaire. Plus keatonien que jamais, il poursuit son idée fixe sans se soucier du danger. On a peur pour lui. Surtout quand il se couche sur les rails d'un tramway qui ne l'évite qu'au tout dernier moment. En saisissant les moindres frémissements de la grâce inquiète de l'acteur, Skolimowski parvient à rendre compte de l'agitation frénétique d'une enfance trop longtemps prolongée, qu'il faut consumer d'autant plus vite qu'on la sait en train d'expirer. Avec un argument qui peut se résumer en deux phrases, Le départ est une somme d'instantanés éclatants. Mais le film ne se laisse pas griser par sa propre vitesse d'inspiration et oppose un burlesque combatif à la tentation de l'envolée romantique. L'énergie dépensée excède beaucoup le but à atteindre, vite frappé de dérisoire.
Aussi généreux et inventif que son personnage principal, Le Départ maîtrise sa fougue poétique pour montrer comment un petit garçon change de désir, comment il préfère regarder dormir une grande fille plutôt que conduire une petite voiture. Le film se termine quand les vrais ennuis commencent.
Frédéric Bonnaud Les Inrockuptibles, 19 août 1998 Pourvu qu'on ait l'ivresseC'est un film d'un temps où le risque et le désordre étaient à l'ordre du jour. Un film où rien ne s'accumule et tout se dilapide. Un film de vitesse et d'immaturité, d'ivresse et de mélancolie, d'exactitude et d'incertitude. C'est une rareté signée Jerzy Skolimowski qui a plus de trente ans d'âge et qui n'a rien perdu de sa folle énergie. C'est Le Départ comme une course en avant, une fuite contre le temps, une trajectoire sans destination. Après la Pologne et avant l'Angleterre, Skolimowski a planté sa caméra en Belgique, accompagné par Jean-pierre Léaud dans une de ses plus belles facéties. C'est l'histoire d'un garçon coiffeur, passionné par les voitures, qui cherche une Porsche pour participer à un rallye et qui, en chemin, rencontre une fille. Ni plus ni moins. Mais l'essentiel n'est peut-être pas là. Plutôt dans les mouvements incessants, heurtés et fluides, qu'imprime la mise en scène à cette matière volatile. C'est une affaire d'accélérations, de changements de vitesse, de dérapages contrôlés.
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