Présenté en Sélection Officielle, section Cannes Classics au Festival de Cannes le 14 Mai 2010
Palme d'Or du 16e Festival International du film de Cannes 1963
Résumé du film Le Guépard
Après que son neveu Tancrede se soit engagé dans les troupes de Garibaldi, le prince Salina s'installe à Donnafugata, chez le maire don Calogero. Ce dernier a une fille, Angelica, que Tancrede décide d'épouser. A Palerme, au cours d'un bal, Salina fait sensation en dansant avec Angelica, mais il sent que la fin de son monde est proche.
" Une peinture subtile de la société italienne sur le point de basculer. "
Carlos Gomez (article entier disponible dans le Journal du Dimanche du 29/Novembre/2010)
20 Minutes
" (...) une version superbement restaurée. (...) On retrouve l'éclat de ses couleurs d'origine. (...) Trois copies vont circuler ces jours-ci dans toute la France, à voir d'urgence si elles passent près de chez vous. "
Stéphane Leblanc (article entier disponible dans 20 Minutes du 01/12/2010)
«Vous savez ce qui se passe dans le pays ? Rien qu’une invraisemblable substitution de classe» Don Fabrizio, dit «le Guépard».
Des quatorze films réalisés par Luchino Visconti, Le Guépard, Palme d’or 1963, est sans doute son plus célèbre. Le réalisateur de Rocco Et Ses Frères et de Mort à Venise s’attaque ici au best-seller italien de l’après-guerre, un monument de la littérature, à la fois populaire et controversé qui, comme le film d’ailleurs, fit couler beaucoup d’encre.
D’abord prévu pour Marlon Brando qui, dix ans plus tard, fera de Don Corleone dans Le Parrain une sorte de guépard mafieux, le rôle de Don Fabrizio, le prince de Salina, échût à Burt Lancaster, star athlétique du cinéma hollywoodien qui, à l’époque, a déjà tourné trente-huit films, parmi lesquels Les Tueurs, Vera Cruz, Tant Qu’il Y Aura Des Hommes, Le Vent De La Plaine et Le Prisonnier D’alcatraz. Métamorphosé ici en aristocrate vieillissant et raffiné, Lancaster avouera s’être inspiré de Visconti lui- même et de ses origines, ces Visconti di Modrone, grande famille lombarde dont Luchino était issu, afin d’interpréter ce Don Fabrizio décrit par Lampedusa comme un «Hercule Farnèse» imposant.
Pour les rôles de Tancrède, le neveu du Prince, et d’Angelica, la fille du riche Don Calogero, Visconti réunit Claudia Cardinale, déjà épouse du frère aîné de Rocco en 1960, et Alain Delon, qu’il venait de diriger deux ans plus tôt au théâtre dans une pièce du dramaturge anglais John Ford, «Dommage qu’elle soit une putain». Visconti veut faire de Cardinale ce qu’il a fait avec Annie Girardot dans Rocco ou Romy Schneider dans «Dommage qu’elle soit une putain», soit un symbole érotique flanqué d’un charme et d’une charge sexuelle transgressive : «lorsqu’elle se présente chez les Salina à Donnafugata, explique Visconti, elle a une agressivité et une vulgarité dans son costume qui montre cet aspect. La robe est un peu serrée, elle n’a rien d’élégant, mais elle a le regard et le corps ambitieux. C’est une espèce de revanche des gens de la terre».
Le Risorgimento
Moment historique décisif de l’Histoire de l’Italie, le Risorgimento désigne ce long proces- sus qui conduira à l’unification de l’Italie et ce mouvement révolutionnaire mené par Gari- baldi et ses chemises rouges en 1860, qui a précédé l’avènement du Royaume d’Italie un an plus tard, suite à un référendum dépeint dans le film comme une parodie de plébiscite. La proclamation de l’unité italienne a lieu en 1870, moment où Rome, sur acceptation du Pape, devient la capitale du pays.
Antonio Gramsci
Dans les années 1950, deux thèses historiques s’affrontent. D’un côté, la thèse soutenue par la Démocratie Chrétienne qui considère que le Risorgimento fut accompli et soutenu par un peuple fervent et une poignée d’hommes héroïques. De l’autre, celle forgée en prison par le théoricien communiste Gramsci et publiée en 1952. Pour lui, le peuple n’a pas mené ou accompagné le mouvement mais en fut exclu. Le Risorgimento ? Une ré- volution manquée dont la monarchie de Savoie, appuyée par les industriels du Nord, est seule sortie victorieuse. C’est le parti pris de Visconti, aristocrate et fin marxiste, ancien compagnon de route du PC, qui ne laisse aux activistes révolutionnaires qu’une portion congrue du récit, rejette hors champ un peuple dont on entendra qu’une seule voix, celle de Ciccio Tumeo interprété par Serge Reggiani, et se concentre sur les grands bénéficiai- res de ce long processus d’unification, Tancrède, le neveu opportuniste de Don Fabrizio, et Don Calogero, le maire de la commune.
La Sicile du Guépard
Le Guépard se déroule au cœur d’une Sicile pastorale qu’incarne Don Fabrizio et qui, en 1860, vit encore sous le joug de l’Église, des Bourbons et de la noblesse. Elle apparaît, dans le film comme dans le roman de Lampedusa, écartelée entre un temps historique, un temps immémorial (une lignée qui remonte à Napoléon : «Nous sommes des Dieux (...) Le sel de la terre» explique le prince à l’émissaire Monvalley) et un temps cosmique souligné par les nombreux instruments d’astronomie qui peuplent le cabinet du Prince. Le récit s’ouvre sur la campagne des Mille, au cours de laquelle Garibaldi et ses troupes (les Chemises Rouges) conquièrent la Sicile, région appartenant jusque-là au Royaume de Naples. Visconti choisit de reconstituer la fameuse bataille de Palerme, à peine sug- gérée dans le roman, pour en faire le moment clé du Risorgimento.
«Si nous voulons que les choses restent en l’état, tout doit changer».
Même si Tancrède (Alain Delon) parle du futur de l’aristocratie italienne, sa remarque vaut pour la restauration. La technologie du cinéma a radicalement changé avec le temps et l’un des principaux défis de la restauration est d’essayer de recréer l’impossible expérience de la vision du film telle qu’elle était présentée à l’origine.