Marcel Marx, cireur de chaussures bohème, habite Le Havre et tente, stoïque, de vivre de ses maigres revenus en compagnie de sa douce et fidèle Arletty. Lorsque sa compagne tombe malade tandis qu'un jeune clandestin africain fait irruption dans sa vie, l'équilibre de Marcel va être bousculé... avant d'être sublimé.
Petite perle d'émotions remarquée lors du dernier
Festival de Cannes,
Le Havre d'
Aki Kaurismäki est une chronique sociale décalée (par la forme), mais d'une acuité foudroyante. Anecdote tragique à la fois intemporelle (cette ville populaire rêvée articulée par une mise en scène étrange) et diablement actuelle, elle plante un miroir bizarre – et faussement naïf – à la face du spectateur, le confrontant à ses certitudes humaines et humanistes en jonglant, l'air de rien, avec les notions de marginalité, de solidarité et d'identité.
Nul besoin, ainsi, d'être un familier du cinéma atypique d'
Aki Kaurismäki pour apprécier à sa juste valeur ce cinéma poétique et politique, un cinéma optimiste (la solidarité des « petites gens » à la diction parfaite, la fuite d'Idrissa ou la guérison d'Arletty) et pourtant terriblement désenchanté (les clandestins parqués, le préfet inhumain au point d'être littéralement « désincarné », les citoyens délateurs)... qui tombe à point nommé. Aux urnes citoyens !
Eléonore Guerra