Le Film
Polanski et son Pianiste auréolé de palme, d’oscars et de gloire, avaient besoin d’une édition à la hauteur de ses engagements, des attentes, et bien évidemment, du film.
Car LE PIANISTE est viscéral, il a besoin d’une image parfaite, d’un son retentissant, réaliste mais pas ravageur, laissant la place aux moindres détails, du coup de fusil aux cris d’enfant, du bruit de la foule au tintement d’une fausse pièce sur la table de marbre de riches collabos. Tout devait être entendu distinctement, au même moment, pour ne pas trahir le film. Comme au cinéma.
Et c’est aujourd’hui chose faite, car cette édition retranscrit à merveille les lueurs bleutées de la Lune se reflétant sur la neige, les visages obscurcis par la fumée, la poussière et la boue, les cris de détresse des enfants et les ordres des officiers allemands… Et la musique, bouleversante, poignante, obsédante, qui berce tout le film et envahit le spectateur dès les menus, nous transporte dans un autre univers avant même le début du film.
Un menu détaillé et stimulant, fait d’images en noir et blanc où se glisse lentement la couleur, une alternance de fondus d’images très douces comme celle de la neige qui tombe du ciel. On en sourirait presque, si la musique si triste ne nous rappelait à l’ordre par son obsédante répétition. A noter également dans le coffret un CD regroupant les trois titres phares de la bande originale, signé Frédéric Chopin.
Les Bonus
Outre les suppléments classiques (filmographies de
Roman Polanski,
Adrien Brody et
Thomas Kretschmann, bande-annonce et trois affiches internationales), le DVD bonus nous offre deux petits bijoux à méditer, dont un documentaire sur les coulisses du tournage. Cela peut sembler bien peu si l’on s’arrête aux apparences.
Mais
"Une histoire de survie" n’est pas une histoire comme les autres. C’est celle du film, mais aussi celle de son réalisateur, son passé et son enfance. Un document où tout se mêle, détails techniques et souvenirs poignants, critiques et encouragements, espoirs et éloges.
"LE PIANISTE, c’est un survivant qui raconte l’histoire d’un survivant" raconte
Adrien Brody. Car l’on apprend, tel des amis, des confidents, l’histoire de
Roman Polanski, ses peurs enfantines, sa vie dans le ghetto, le déportement de sa mère, l’emprisonnement de son père… La vie dans l’attente de leur retour. Ce film fait office de véritable document historique, fourmillant de détails concernant la 2e Guerre Mondiale, les peuples polonais, juifs, allemand, la vie dans les camps et la destruction massive de toutes les villes.
Les commentaires du scénariste, d’
Adrien Brody, de la costumière, du producteur et du reste de l’équipe, en sont presque des interventions éphémères. On reste comme pendu aux lèvres du réalisateur, qui nous fait voir par ses yeux l’horreur de la guerre et les préparatifs du film, et cela grâce à un subtil jeu de montage. L’image vient souligner les paroles, parfois l’inverse. En alternant souvenirs intimes, film et images d’archives, histoire de rappeler à nos mémoires que rien n’a été inventé. Une réalité brute.
Polanski nous raconte le secret de certaines scènes, des scènes vécues et transposées dans le film, ce qui leur fait prendre une toute autre dimension, plus forte, plus poignante, comme témoin de l’Histoire. Le vieil homme frappé parce que ne marchant pas dans le caniveau, la jeune femme fusillée pour avoir demandé où on l’emmenait, toutes ces images ne sont pas tirées d’un imaginaire mais sont des faits, des faits réels.
"On sort de la projection en tremblant" commente Polanski. Et la chair de poule sur le corps et les larmes aux yeux.
Avant de conclure, un petit bémol : avec un packaging aussi attrayant, le coffret aurait peut-être mérité un simple livret de présentation…
Mais le tout reste sensiblement à l’image du film. Puissant, poignant, et terriblement vrai.
Aurélie Maulard