Robert Guédiguian (MARIE-JO ET SES DEUX AMOURS, MON PERE EST INGENIEUR, MARIUS ET JEANNETTE) déserte le terrain de la chronique méridionale pour aborder un projet « risqué » par le biais du producteur
Frank Le Wita (un seul T) qui l'invite à arpenter des sentiers inexplorés. LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS est l'adaptation du livre (polémique) de
Georges-marc Benamou, « Le Dernier Mitterrand » (1997). Le journaliste-écrivain participe dès l'origine, en association avec
Gilles Taurand (scénariste d'André Téchiné), à l'écriture de ce scénario. D'emblée, l'équipe projette un film « volontairement pas scandaleux ». LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS respecte donc scrupuleusement les intentions courtoises de ses auteurs. Le premier des partis pris de Guédiguian fut de se dégager le plus souvent possible des événements factuels, d'éviter à tout prix une reconstitution historique, hormis certaines séquences précises comme le fameux discours de Liévin. La représentation de l'entourage de François Mitterrand est aussi quasi inexistante et le réalisateur privilégie sans cesse l'austérité de décors vides plutôt que l'aspect baroque des salles et bureaux de l'Elysée. Concentré presque exclusivement sur la relation « maître-élève » entre le Président et le personnage fictif d'Antoine Moreau (
Jalil Lespert), Guédiguian trouve ainsi un moyen précautionneux pour parer à toute critique. Mitterrand balaie d'un revers de main les questions concernant ses relations avec Bousquet, informateur de la Gestapo et point de départ de la rafle du Vel d'Hiv : « Jeune homme, vous ne savez pas de quoi vous parlez. » Car le Président veut parler de culture, pas de politique, si ce n'est pour se glorifier : il n'y aura pas de président aussi grand que De Gaulle et lui après sa mort, dit-il. Le discours politique, il le conserve pour une visite dans une ancienne mine à Liévin. La parole est omniprésente, elle est la raison d'être du film dont l'atmosphère est feutrée, toute en huis clos, reposant uniquement sur le dialogue.
Michel Bouquet est éblouissant, réussissant un numéro d'acteur incroyable lui valant ces mots du réalisateur : « Et si le film est une fiction sur François Mitterrand, c'est aussi un document sur l'art de
Michel Bouquet ».