Le Sommeil d'or

    en DVD le 03 Avril 2013
Un film de (France)Genre : Documentaire - Duree : 1H36 mn
Distributeur : Bodega films - Editeur DVD : Bodega films
Sortie à la Vente en DVD le 03 Avril 2013
Sortie en salles le 19 Septembre 2012
Année de production : 2011
Avis spectateurs : 3 étoiles 2.61 / 5 (31 notes)

Résumé de Le Sommeil d'or

Le cinéma cambodgien, né en 1960, a vu son irrésistible ascension stoppée brutalement en 1975 par l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges.
La plupart des films ont disparu, les acteurs été tués et les salles de cinéma été transformées en restaurants ou karaokés.
Le sommeil d’or filme la parole de quelques survivants et tente de réveiller l’esprit de ce cinéma oublié.

Photos de Le Sommeil d'or (5)

Critiques

Moyenne : 3 étoiles (3 / 4)
Les fiches du cinéma 4 étoiles
Première 3 étoiles
Le Monde 3 étoiles
Télérama 3 étoiles
Les Cahiers du Cinéma 3 étoiles
Positif 3 étoiles
Technikart 2 étoiles

Voir en détail

Avis des Spectateurs

Moyenne : 3 étoiles (2.61 / 5)
7 avis 4 étoiles
12 avis 3 étoiles
5 avis 2 étoiles
7 avis 1 étoiles

Caractéristiques du DVD

Bonus
- Entretien avec (32 mn). Retour sur la genèse du film, la rencontre avec les protagonistes et les principaux choix de mise en scène.
- 9 Scènes coupées (39 mn). Des scènes étonnantes en compagnie des personnages du film, des essais visuels, un film hommage et le remake de L’Étang sacré.
- Expired (2008 / 2013 – Couleurs – 17 mn), un court-métrage réalisé par . L’étrange histoire d’une famille en vacances au Cambodge.
- Bande originale du film
- Galeries photos
- Bande-annonce (5.1)

Notes de Prod. de Le Sommeil d'or

L'Origine du projet

Enfant, on m’avait dit que mon grand-père, que je n’ai jamais connu, était producteur de cinéma au Cambodge. Je n’avais pas cherché à en savoir plus et tout cela est longtemps resté très vague pour moi. Ce n’est qu’après avoir moi-même commencé à faire des films que j’ai un jour demandé à ma tante (qu’on voit au début du film) de me raconter l’histoire de ce grand-père. J’ai alors appris qu’il avait été l'un des principaux acteurs d’une histoire dont je n’avais jamais entendu parler : la naissance tardive puis l’explosion du cinéma cambodgien dans les années 60 et la première moitié des années 70. Près de 400 films produits avec un enthousiasme extraordinaire par des cinéastes et acteurs qui faisaient leurs premiers pas, inventant un cinéma de légendes et de romances, et rencontrant un gigantesque succès populaire. J’ai immédiatement eu l’idée de faire un film racontant cette histoire inconnue, avec l’excitation de celui qui vient de découvrir un monde secret, merveilleux et englouti.

Il y avait aussi une espèce d’urgence : cette histoire est vieille de quarante ans, et ceux qui peuvent en témoigner ont aujourd'hui près de soixante-dix ans. Comme rien n'avait été fait, écrit ou dit à ce sujet, il fallait faire ce film avant qu'il ne soit « trop tard », que les souvenirs s’évanouissent et que les personnes disparaissent.

Les Recherches

L’histoire de cette cinématographie circule un peu entre les différentes générations cambodgiennes. Cela fait partie d’un folklore car ces films appartiennent à l’imaginaire collectif khmer et aux références culturelles de nos parents. Certaines personnes de ma génération, issues elles-mêmes de l’émigration cambodgienne des années 1970-1980, connaissaient donc l’existence de cette cinématographie, sans jamais en avoir vu les films. Personnellement je n’ai pas été élevé dans ce folklore. Mon premier travail a donc été de rattraper ce retard.

Histoire et cinéma

La tentation de l’historien existe forcément avec ce type de sujet. Mais ce n’était pas la bonne direction à prendre, premièrement parce que ce n’est pas possible, et deuxièmement parce que ce n’est pas mon métier. Mais évidemment quand on s’intéresse à une histoire qui a perdu ses preuves matérielles, qui n’a pas de documentation ambitieuse, on se sent presque investi d’un devoir d’exhaustivité, d’exactitude par rapport au respect de la mémoire. Sauf que cette exhaustivité ne peut pas être l’objet d’un film : je ne crois pas qu’une œuvre ait vocation à supplanter des recherches historiques. Je voulais plutôt atteindre une vérité qui serait de l’ordre du sentiment, du ressenti de ce qu’a pu être le cinéma cambodgien et de ce qu’il a représenté pour les personnes que j’interroge. Après, cette approche sentimentale et anti-historique ne veut pas dire que le film peut tout se permettre, y compris être déconnecté de la réalité.

Raconter un cinéma sans image

De manière générale, la jeune génération cambodgienne ne sait pas à quoi ressemble un film cambodgien des années 60. J’ai compris alors que ce qu’il reste de cette histoire était moins dans les images, quelle que soit leur nature (photos, extraits d’œuvres), que dans la mémoire de leurs spectateurs et des artistes qui avaient contribué à leur création. Il fallait donc faire parler cette mémoire en la mettant en scène. Le défi formel au départ était le suivant : comment raconter l’histoire d’un cinéma dont les films ont disparu ? Sous-entendu : quoi filmer ? Mais très vite, la question s’est déplacée en ces termes : ces films disparus survivent-ils dans le présent, et si oui, sous quelle forme ? C’est alors que j’ai découvert que ce cinéma, tel un fantôme, irrigue toujours toutes les strates de la société, de la mémoire des Anciens à la culture populaire contemporaine. La mise en scène, et notamment le travail de l’image et du son, devait donc répondre à un seul impératif : comment faire voir ces films, au delà de leur absence physique ? Dans chaque séquence, nous avons essayé de déployer une nouvelle stratégie d’approche de ce centre absent : par le récit oral, la bande sonore d’une annonce radio retrouvée, l’utilisation de bouts de posters, l’exploration d’une ancienne salle de cinéma, la reproduction d’un effet spécial…

L'importance du cinéma à l'époque

Même si la plupart des films ont disparu, leur souvenir reste très fort dans la mémoire des anciens spectateurs. Et pour cause : le Cambodge respirait le cinéma dans ces années-là. Phnom Penh seule comptait 30 cinémas, c’était la naissance des premières stars locales, les gens s’émerveillaient de voir des effets spéciaux pas très éloignés de ce que faisait George Méliès au début du siècle…

Le travail avec les survivants

Je les ai rencontrés assez rapidement après mon arrivée au Cambodge. Ils connaissaient tous très bien mon grand-père et cela nous a vite rapprochés. Les convaincre de faire le film ne fut pas facile. Normal, ils me voyaient comme un jeune français qui n’avait jamais vu un seul film khmer, ce en quoi ils n’avaient pas tort ! Et puis certains d’entre eux ne comprenaient pas bien pourquoi je voulais tant déterrer cette histoire ancienne. On s’est beaucoup vus pendant un an, ils ont fini par me faire confiance…

La recréation d'une mémoire collective

Ce qui m’a passionné est la circulation de la mémoire, sa capacité extraordinaire à persister. Comment par exemple un jeune qui n’a jamais vu de film de l’époque porte pourtant en lui le souvenir de ces films, par le récit que lui en faisait sa mère quand il était enfant. Ou la mémoire des lieux. Avec ces signes fantastiques dont il est dur de croire qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence, comme ces rayons de lumière qui transpercent le cinéma Hemakcheat devenu squat géant, comme 40 ans auparavant la lumière du projecteur transperçait la même obscurité. Chaque jour nous nous posions la même question : qu’est-ce qui, dans ce que nous voyons aujourd’hui, pourrait faire signe d’une irradiation du passé ? Et cette mémoire qui circule, elle se reconstruit également de façon collective : les discussions entre anciens spectateurs, qui hésitent, se trompent, s’entraident à retrouver une scène, montrent bien que la mémoire est un processus collectif et une forme vivante. Peut-être suis-je idéaliste, mais cette vitalité inaliénable est à mes yeux une victoire, qui vient contredire la volonté de destruction des Khmers Rouges. Et affirmer du même coup que la culture populaire est un élément essentiel de l’histoire collective d’une nation.

La Musique

Si presque tous les films ont disparu, il reste beaucoup de chansons tirées des films, car à l’époque elles étaient déjà commercialisées en vinyles, au contraire des films, pour lesquels il n’existait qu’une copie unique. Et ces musiques de films, qui racontent une partie de l’intrigue, sont connues par la nouvelle génération, soit parce que leurs parents les écoutent toujours, soit parce que l’industrie musicale contemporaine ne se prive pas pour les piller et en faire des remakes qui deviennent les nouveaux tubes à la mode. Je trouve ça incroyable, parce que même si souvent la généalogie des chansons est inconnue pour celui qui l’écoute en 2012, ça reste une réminiscence de ces films, une façon pour eux de survivre, sous une autre forme, et de continuer à irriguer l’inconscient de la jeunesse du pays. Il était donc indispensable que la musique joue un rôle important dans le film. Mais plutôt que d’accumuler les morceaux, nous avons préféré en choisir quelques uns et de prendre davantage le temps de voyager avec eux, afin de faire résonner à nouveau les lieux de cinéma aujourd’hui transfigurés.

La Jeunesse

La jeunesse cambodgienne est très présente - même si ça reste une présence impressionniste - car je ne voulais surtout pas que le film ne soit que nostalgique, ni complaisant avec la poétique du monde disparu. Encore une fois, l’idée est de faire renaître les films à partir du présent, de se demander de quelle manière ils font toujours partie de notre quotidien. Les jeunes que nous voyons refaire la scène du film perdu « L’Etang Sacré » font partie d’un groupe d’artistes et d’étudiants qui s’est créé après un atelier vidéo que j’ai mené à mon arrivée au Cambodge. Je leur ai demandé de retourner cette scène sur la base du récit de son réalisateur, Ly You Sreang. Il ne s’agissait pas tant de montrer qu’une relève existe, que de proposer une mise en situation, où l’enjeu serait l’obser vation des écarts et des rapprochements entre les gestes du passé et leur reproduction aujourd’hui. Comment une parole se transforme en acte et comment cet acte vient soulever notre imaginaire. Et puis c’est une façon de réactiver le présent. L’horizon du film est finalement là : il y a eu quelque chose de brisé d’une génération à l’autre, une transmission qui ne s’est pas opérée. Il s’agit donc d’essayer de reconstruire un pont ; de faire renaître un raccord qui n’aurait jamais dû disparaître.

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