"J'ai voulu faire une histoire d'amour…" Juste avant la vision du film, la phrase de Night Shyamalan crisse comme le son d'une guitare mal accordée. Les bandes annonces prévoient tout le contraire : peur, angoisse et bébête trop piquante pour être honnête. Mais au bout d'une heure de film, la petite phrase du réalisateur vient titiller l'esprit : LE VILLAGE est bel et bien, avant tout autre chose, une histoire d'amour. Après les fantômes dans SIXIEME SENS, les super héros dans INCASSABLE, les martiens dans SIGNES, Night Shyamalan s'attaque donc à la découverte de l'amour par deux jeunes tourtereaux. Changement de thème, de héros - puisque le véritable personnage principal est une femme -, Night Shyamalan aurait-il viré de 180 degrés ? Pas forcément, puisqu'il situe sa love story au cœur d'une communauté de mormons vivant dans un village damné, menacé par le grand méchant loup vivant dans la forêt digne de la sorcière de Blair.
Certes, Night Shyamalan sait filmer mieux que personne la peur à l'état pur. Il sait choisir le bon cadrage, la bonne musique, la bonne profondeur de champ. Il joue avec les images comme avec nos nerfs, il sait bâtir cette atmosphère toute particulière à nous faire arracher l'accoudoir ou le bras du voisin. Certes, en véritable maître du genre, il maîtrise son film de bout en bout et crée l'angoisse en misant une nouvelle fois tout sur l'histoire, bannissant quasiment tout effets spéciaux ou profusion d'hémoglobine. Le silence total, absolu, presque palpable, amplifie le moindre craquement de branchettes, le moindre cri, le moindre soupir.
Certes, les acteurs oscarisés sont fabuleux,
Adrien Brody, méconnaissable, en tête. La belle inconnue
Bryce Dallas Howard, belle, aveugle, émouvante, crève l'écran. Certes.
Toujours est-il qu'une fois la peur à son maximum et les pace maker au limite de la panne, Night Shyamalan casse le rythme et s'englue dans les bons sentiments : l'amour, l'écologie, le comportement stupide de l'humanité… De quoi considérablement ralentir l'action et faire exploser d'ennui nos esprits en manque d'adrénaline. Sans oublier qu'après trois films basés sur le principe de surprise, le dénouement du VILLAGE manque un peu d'originalité. A tel point que l'on ne sait plus vraiment si l'on est dans un film de Night Shyamalan ou dans la version soft du Petit Chaperon rouge.
Quoi qu'il en soit, il est vrai qu'en détournant son histoire, le cinéaste frappe encore une fois là où on ne l'attendait pas, qu'il conserve malgré tout son titre de roi du suspens, et qu'il nous fait toujours peur en filmant approximativement les feuilles des arbres. Dommage qu'il quitte parfois son domaine de prédilection car angoisse et amour ne font pas bon ménage…
Aurélie Maulard