Comment l’idée vous est-elle venue de mettre en film l’histoire de Claudiu Crulic ?
L’histoire de ce garçon m’a fascinée dès le début. La façon dont il est mort : il s’est vu quitter ce monde, il a vu son corps s’en aller alors que son âme était encore là. Il est arrivé que lorsque je présentais dans les festivals mon film « Rencontres croisées » le film « Hunger » fasse lui aussi un grand circuit festivalier. C’était également l’histoire d’une mort par grève de la faim sauf que ça se passait dans une prison irlandaise. À ce moment-là, j’ai voulu abandonner le projet. « Hunger » était un film magnifique, en faire un autre sur le même thème semblait manquer un peu de sens. Pourtant, je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai mis en train la documentation qui elle aussi semblait un défi impossible : hostilités, réticences ici comme là-bas, informations difficiles d’accès dans un pays dont je ne connaissais pas la langue. Et puis j’avais comme une impression de traîner un poids... Une histoire pénible. et pourtant, pendant tout ce temps-là j’ai eu le sentiment que ce film, je devais le faire. J’en avais le devoir. envers qui, je n’en sais rien. Mais je me serais sentie coupable si je ne l’avais pas fait. et j’aurais été coupable si, pour mon seul confort, j’avais laissé tomber le projet.