“Au matin du 15 juillet 1789, quand la nouvelle de la prise de la Bastille se répand comme une traînée de poudre, un vent de panique se met à souffler sur Versailles. Lectrice adjointe de la Reine Marie-Antoinette, Sidonie Laborde est le témoin privilégié de ce naufrage. Le beau roman de
Chantal Thomas se prêtait parfaitement à une adaptation. Petit tour de magie, Sidonie n’est plus la femme de soixante-cinq ans, émigrée à Vienne, qui se penche douloureusement sur son passé. Elle devient dans le scénario une jeune fille. Mais à la différence de ses petites camarades de chambrée, espiègles et délurées, Sidonie n’a qu’un désir : plaire à la Reine. Et ce désir monomaniaque qui la rend sourde à toutes les tentations de l’extérieur en fait un personnage passionnant qui traverse le temps. Sidonie est une groupie amoureuse qui ne vit que par procuration. Un amoureux, disait Roland Barthes, « c’est quelqu’un qui attend ». Et Sidonie attend que la Reine lui fasse signe. Il y a forcément une charge érotique dans ces moments d’intimité où elle se retrouve enfin seule avec son adorée. Ainsi, j’ai imaginé dans une scène du début que les bras de Sidonie étaient dévorés par les moustiques qui pullulent à Versailles. La Reine s’en émeut et demande à sa première femme de chambre qu’on apporte de l’huile de bois de rose. Et sous l’œil médusé et réprobateur de Madame Campan, c’est elle-même qui applique l’onguent miraculeux sur le bras de Sidonie. Moment d’extase pour la lectrice. Sauf que l’instant d’après la Reine est déjà ailleurs. Sa Majesté rêve d’un dahlia brodé et Sidonie a disparu de son champ de vision. Comment peut-on supporter une telle inconstance ? Un amour ordinaire n’y suffit pas. Il y a quelque chose de l’ordre de la sainteté chez Sidonie. Et comme chacun sait, le destin des saints est de devenir des martyrs.“
Gilles Taurand