Adapté du roman du même titre de Philippe Claudel,
Les Âmes Grises est un film fort et violent, tout en retenu et en lenteur. Un fait divers dramatique, le meurtre inexpliqué d'une fillette dans l'est de la France de 1917, va révéler des personnages blessés intérieurement, perturbés, abîmés. Abîmés par la guerre certes, mais aussi par un drame personnel qu'ils ont vécu, il y a parfois plusieurs années.
Si les deux premières scènes du film ne sont pas forcément justifiées, le reste de ces
Âmes Grises est très réussi, tant dans son scénario que dans sa mise en scène. On ne comprend en effet pas l'intérêt de montrer le meurtre de la jeune fille dès la première séquence, pour ensuite faire un flash-back, ni la scène suivante, du délire total d'un instituteur devant ses élèves. Passons sur ces deux points, pour commencer à apprécier le film à partir de sa troisième séquence.
Chaque personnage est ici entièrement énigmatique, secret, et ce parce que perturbé intérieurement par un problème qui le ronge. Pas de scène d'action ni d'horreur à proprement parlé. Tout est suggéré, rien n'est montré. L'horreur est pourtant bien présente et la sensation de malaise du spectateur vis-à-vis de cette histoire est là, accentuée par cette lenteur pesante qui enveloppe tout le film.
Pour son cinquième long-métrage,
Yves Angelo, qui s'était déjà essayé à l'adaptation (
Le Colonel Chabert en 1994) et au film sur la première Guerre Mondiale, mais abordé sur le ton de la comédie dramatique (
Un Air Si Pur en 1997), signe avec
Les Âmes Grises une œuvre certes très classique dans sa forme mais forte et réussie.
Amélie Chauvet