Comment vous est venue l’idée de Knallhart et en quoi est-elle liée à votre expérience personnelle ?
Gregor Tessnow : Comme Polischka, j’ai grandi à Zehlendorf dans les années 80. J’ai appris à devenir maçon dès l’âge de 15 ans : j’étais très feignant et me suis fait virer de l’école très rapidement. Je me suis donc retrouvé en apprentissage. Mais je suis parti avec l’idée de revenir à l’école plus tard pour devenir ingénieur. C’était la première fois que je quittais vraiment Zehlendorf. Le milieu du bâtiment était tout à fait nouveau pour moi. Tout à coup, je voyais ces gars aux cheveux longs, il y avait 3 ou 4 alcooliques dans ma classe, certains avaient déjà été en prison, ce qui ne me posait aucun problème. Sauf que je remarquais qu’il y avait une sorte de "mentalité de victime". Si quelqu’un sentait que tu te comportais en victime, tu étais très rapidement isolé. Je me suis alors demandé comment me comporter – si on te fait chanter, est-ce que tu le dis à ta famille? Au directeur de l’école ? À la police ? Je me disais que si je le faisais, rien n’arriverait de toute façon à mes agresseurs. Ils avaient fait bien pire et pourtant ils étaient toujours libres. Je me disais que si je parlais, je me ferais encore plus battre. Ce roman est donc le fruit de mes réflexions sur ce qu'il faut faire dans ce type de situation. Il s’est écrit tout seul ! Polischka se laisse porter tout au long du roman. Tout au long de la rivière, pour utiliser une image, il y a des choix à faire ou ne pas faire. De temps en temps il les fait, d’autres fois non. Chaque décision qu’il prend le fait avancer un peu plus jusqu’à ce qu’il arrive à une chute d’eau où là il ne peut plus reculer.