Ah, sacrée famille ! Une grande source d’inspiration, panacée des scénaristes et dont
Les murs porteurs en est un nouvel et précieux écho. Frida (
Shulamit Adar), ashkénaze de 75 ans, perd progressivement la tête et confond passé et présent. Auprès d’elles, on trouve Judith (
Miou-miou), sa fille, mère au foyer et Simon (
Charles Berling), son fils, un journaliste pour le moins absorbé par son boulot.
La vie des deux enfants est donc bouleversée le jour où ils se rendent compte que la mémoire de leur mère flanche dangereusement. Frida, dans la confusion, retourne même à son ancien appartement, cherchant désespérément son défunt mari. C’est là qu’elle rencontre la locataire, Manou, jouée divinement par la belle italienne
Giovanna Mezzogiorno. Les quatre personnages sus-présentés vont alors croiser leurs existences et s’entraider, en se confrontant à la maladie, eux qui mènent en parallèle des vies plus ou moins heurtées, et éparpillées… Mais rassemblées avec authenticité par un jeune réalisateur et scénariste,
Cyril Gelblat.
Ce film dépeint avec précision les contours des personnages, leurs personnalités, leurs sensibilités, leurs émois, leurs faits et gestes. Le scénario est calibré avec finesse, les dialogues sont soignés. On est saisi par la profondeur émotionnelle perçue dans le regard de l’actrice
Shulamit Adar, jouant cette femme rongée par l’Alzheimer, et on est séduit par les jeux combinés de ses
Trois Murs Porteurs,
Charles Berling,
Miou-miou, et
Giovanna Mezzogiorno, à la fois complices et justes. Loin d’être larmoyante, la pellicule est teintée par moment de séquences amusantes, qui nous font oublier le degré tragique de l’histoire.
Le temps qui passe, les corps qui se transforment, le souvenir, la transmission, le travail, la mort… Finalement,
c’est la vie qui nous est résumée dans ce joli film où la mise en scène et la qualité des plans rendent une copie parfaite. Et, si le long-métrage dresse le portrait d’une communauté, il est bien loin de céder à un communautarisme dérangeant. Chacun peut se reconnaître librement dans les chroniques de cette famille ashkénaze.
Avec ce premier film, l’auteur
Cyril Gelblat peut vraisemblablement « mûrir » en paix, son ouvrage est porteur d’avenir.
Fabrice Daboudet