Aujourd’hui, tous les artistes (ou non-artistes) écrivent leur autobiographie, histoire de nous montrer qu’eux aussi ont souffert, mais qu’ils s’en sont sortis. Et si, toi public, tu es dans la galère, tu n’as qu’à prendre exemple sur eux, et tu verras que tu arriveras à avoir une vie de rêve. Dans ce contexte, je dois bien avouer être allée voir
Les plages d’Agnès à reculons, en me disant que j’aurais droit à une nouvelle introspection pseudo narcissique, et soit disant « éducative », d’une personne célèbre. Comme quoi, il ne faut jamais avoir de préjugés, et puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je reconnais m’être lourdement trompée, et ne je peux que vous conseiller d’aller voir le film, car il est excellent, tendre, émouvant, drôle, intéressant, et la liste pourrait continuer...
Agnès Varda commence son film sur une plage. Elle reviendra régulièrement sur ces vastes étendues de sable. Elle a longtemps vécu au bord de la mer, et elle va nous parler de ces lieux où elle a vécu, de sable ou de pierres, et nous raconter les souvenirs qu’ils font remonter à la surface des flots de sa mémoire. Car
Agnès Varda ne parle pas que d’elle, mais surtout et avant tout des personnes qu’elle a rencontrées.
Elle le fait avec une tendresse incroyable. On est souvent ému avec elle, lorsque, devant des vidéos ou des photos d’archive, on croise le regard de ces gens illustres, qu’elle évoque comme s’ils étaient encore là, présents, ou pour certains, vivants. On voit Jacques Demy et l’amour qu’elle a pour lui, on croise Catherine Deneuve sur les tournages, on aperçoit Jim Morisson, et tant d’autres visages… Tout en percevant la tendresse qu’
Agnès Varda leur porte, cette espèce de bouffée d’amour qui vous fait instinctivement ressentir les mêmes émotions envers eux.
On croise aussi l’histoire. Celle d’
Agnès Varda a mise en scène dans ses films. Le combat des femmes, les Black Panthers, les 70’s à Los Angeles… Tout ces bons souvenirs. Mais aussi la Seconde Guerre Mondiale, les enfants juifs que l’on emmenait aux camps, les Justes qui les sauvaient et à qui elle rend un hommage d’une sincérité touchante.
Il est difficile de faire une critique sur ce film. Il a juste un cœur énorme, aussi gros que celui de sa créatrice, et il contient en lui l’amour du monde entier. Cela semble bien pompeux, mais c’est vrai.
Agnès Varda s’y met en scène avec humour et autodérision, et nous fait entrer dans les plus beaux moments de sa vie avec une générosité qui nous touche au cœur. On en ressort comme porter par une bouffée d’espoir et de joie de vivre, sentant une petite mélancolie aussi au fond de nous. Ce film est comme la mer : il respire la liberté, il est vaste, et il fait naître chez les gens des émotions contradictoires mais ô combien belles, qui les suivent après dans la rue bruyante. C’est tout simplement magnifique, un vrai cadeau. Un coup de cœur pour un film qui en a à revendre. Un beau cadeau de Noël avant l’heure.
Anne-Louise Echevin