Le mois que l'on puisse dire est que le film de
Robin Campillo s'éloigne de l'univers horrifique traditionnel. Aux oubliettes les morts vivants de Romero ou autres armées des morts amateurs de chair fraîche ! Les zombies de Campillo sont aussi beaux que le jour de leur enterrement, les yeux juste un peu plus vides et les gestes ralentis. Car ce qui intéresse le réalisateur, ce n'est pas ces déserteurs de cimetière, mais bien le traitement de leur retour sur Terre. On ne saura donc jamais pourquoi, ni comment, ces morts décident de prendre la poudre d'escampette du paradis, de l'enfer, de leur tombe ou de l'autre monde, et reviennent comme des fleurs dans des familles fraîchement remises de leur deuil. Et c'est bien ce qui dérange dans le film de Campillo : à trop s'éterniser sur le comportement de vivants hagards et stupéfaits, il met ses morts de côté et les entoure d'un épais mystère qu'il ne dévoilera jamais. Difficile de croire ou de s'imprégner de l'histoire si l'on n'en connaît pas les bases… Véritable ovni étrange et intriguant, Les Revenants relève plus du drame que du film fantastique à l'état pur. Résultat, le long métrage n'est que contemplation du temps qui passe et des comportements humains, sans explication, sans solution. Juste cette froideur inhérente au film, des dialogues minimalistes, de longs silences, une action commando sans réel sens, une mise en scène épurée et un jeu d'acteurs un peu trop amateur - seule
Géraldine Pailhas garde la tête froide et livre un jeu exemplaire. Mais au-delà d'une difficile plongée dans l'histoire, Les Revenants souffre surtout d'avancer à l'allure de ses morts : au ralenti. De longs moments contemplatifs précédent l'action, chaque mot est suivi d'un silence pesant. Le tout se révèle tantôt soporifique, tantôt ennuyant, tantôt énervant, mais jamais passionnant.
Aurélie Maulard