Pour son second long-métrage,
Jérôme Bonnell retrouve son équipe de comédiens du CHIGNON D'OLGA, à savoir
Nathalie Boutefeu,
Marc Citti et
Judith Remy. Mêmes acteurs donc, même endroit aussi, la Beauce, et une thématique récurrente : celle de l'absence parentale, la mère dans son premier film, ici essentiellement le père. Mais le centre des YEUX CLAIRS, c'est Fanny. Fanny et ses différences, Fanny et sa maladie, Fanny et ses réactions. A plus de trente ans, elle vit encore chez son frère Gabriel et sa femme Cécile avec qui l'animosité est constante. Toute la première moitié du film se déroule dans leur maison, où le conflit latent entre les trois personnages nous est montré, à travers des morceaux de vie quotidienne. On comprend alors la douleur de Fanny, mais aussi - et surtout - celle de Gabriel, qui doit accepter et faire accepter la différence de sa sœur. Le film fait alors preuve d'une force et d'un côté dramatique qui vont crescendo, et l'on s'attache de plus en plus fort à Fanny, à sa détresse, à sa maladie. On la soutient. On les soutient.
Une de ces soirées ordinaires tourne mal et Fanny comprend qu'elle n'a plus sa place chez son frère. Elle décide de partir subitement de la maison. C'est tout aussi brusquement que le spectateur passe dans la seconde moitié du film. Nouveau décor, nouveau personnage, nouvelle ambiance. Quasiment un autre film, une autre vie pour Fanny qui, de retour sur les traces de son enfance, va se redécouvrir.
On ne verra alors plus les personnages du frère et de son épouse, alors qu'Oskar, un Allemand, fait son apparition. La barrière de la langue empêche Fanny et Oskar de se parler. Ils ne communiquent que par gestes, par regards. Si ce petit jeu peut paraître sympathique au départ, il devient vite lassant voir ennuyeux pour le spectateur. Et, bien qu'il mette en valeur les très bonnes prestations des deux comédiens, cette deuxième partie convainc moins que la première, et le film nous laisse du coup un goût plus amer qu'il n'y parait au début. Reste un côté burlesque remarquablement bien mis en scène, dans le style du cinéma muet, qui surprend et enchante.
Amélie Chauvet