En situant
Man Push Cart au sein de la communauté pakistanaise de New York, Barhani propose un éclairage sur une population dont l’image n’a cessé d’être malmenée depuis les attentats du 11 septembre 2001.
Sans jamais tomber dans le pathos, Barhani met un visage sur le destin de milliers d’immigrés et dresse avec brio (et une extrême pudeur) le portrait d’Ahmad, sorte de héros malgré lui qui, loin de se poser en victime, préfèrerait entrer dans la norme anonyme plutôt que d’être un symbole de la précarité new-yorkaise.
Dès les premières minutes, le spectateur est confronté à la réalité d’Ahmad, à son quotidien : gestes mécaniques, trajet mille fois effectué, clients réguliers et pourtant anonymes… Un rituel répété, comme un refrain, tout au long du film.
Mais dès les premières images, le spectateur est surtout plongé dans la tête d’Ahmad : vision au ralenti du monde extérieur, silence dans lequel il s’enferme peu à peu… Le rythme est lent, faisant progressivement ressentir l’engluement d’Ahmad dans une situation qu’il refuse. La photo est parfois floue, la lumière souvent « mouillée » et le son régulièrement violent. New York n’a rien de la ville romantique que l’on nous montre habituellement. Elle apparaît, au contraire, comme un monstre anonyme qui retire tout à Ahmad : son fils, la femme qu’il a aimée, celle qu’il voudrait aimer, son travail… La Grande Pomme semble l’avaler tous les matins et le recracher tous les soirs. La bataille est inégale, mais Ahmad l’accepte et trace sa route dans le rêve américain.
Eléonore Guerra