"Ça s'appelle la comédie Sans titre, mais ce n'est pas une comédie, c'est une œuvre d'urgence. Lorca l'a écrite alors que la guerre civile se profilait. C'est comme si un auteur nord-américain, ou français, ou arabe, s'était mis à écrire sur la guerre en Irak avant qu'elle ne se produise." Les premières phrases du film de Joaquin Oristell résonnent comme un cri d'alarme ; le reste du film comme un témoignage poignant entre drame et comédie. Pour que l'on sache… et que l'on n'oublie pas.
"Les comédiens sont la mémoire des gens" confie le personnage de
Javier Camara…
Construit autour de la pièce de Lorca, MANIFESTO aborde sans concession le quotidien difficile des gens de théâtre, l'ombre de la télévision et du cinéma, les répétitions intensives, les doutes, le trac. Puis la guerre, la prise de position, la haine.
Incroyablement réaliste, parfois drôle, souvent poignant, le film sonne toujours juste et tente à sa manière de montrer la situation actuelle de la culture espagnole, les répercutions des choix du gouvernement, les risques encourus pour avoir crier son opinion. Une émotion d'autant plus forte qu'avec son montage saccadé, ses plans caméra à l'épaule, ses regards en coulisse, ses acteurs déjà croisés mais pas super stars, MANIFESTO se donne des airs de docu-réalité et va crescendo dans l'émotion et la gravité. De quoi assurer un avenir plus doré à un cinéma espagnol en crise depuis trop longtemps. Car MANIFESTO est un hymne à la liberté d'expression, dégorgeant de vie, et paradoxalement, d'espoir. On en sort avec l'envie de se lever à son tour, en levant le poing pour crier comme Javier Bardem ou Pedro Almodovar que l'on croise dans des images de JT, "no a la guerra"…
Aurélie Maulard