Marion Cotillard & Olivier Dahan : leur rêve de Môme...

Marion Cotillard & Olivier Dahan : leur rêve de Môme...
Certains films défilent sous nos yeux et, à peine sortis, on ne se souvient déjà plus de grand-chose… D’autres films, plus rares, nous cramponnent à notre siège, nous offrant la possibilité de vivre pleinement dans un univers à part. La Môme est de ceux-là. Marion Cotillard & Olivier Dahan nous en parlent... (14/02/07)

Résumé du film Marion Cotillard & Olivier Dahan : leur rêve de Môme...

Certains films défilent sous nos yeux et, à peine sortis, on ne se souvient déjà plus de grand-chose… D’autres films, plus rares, nous cramponnent à notre siège, nous offrant la possibilité de vivre pleinement dans un univers à part. La Môme est de ceux-là. On s’immerge tellement dans ses rues et dans ses maux que, bien des semaines après, certains plans hantent encore notre esprit. Alors quel plus beau cadeau que d’interviewer son réalisateur ? Cette chance-là, je ne la laisse pas passer et je m’écrie "Oui, Oui et encore oui !". Je m’égare et rêve déjà de ma rencontre avec Olivier Dahan, véritable billet pour plonger un peu plus profondément dans le monde de la môme Piaf.

=> Voir également notre rencontre avec Marion Cotillard !!

C’est donc dans un état proche de l’excitation "adulescente" - avec un pouls atteignant les 120 pulsations/minute – que je me rends au Fouquet’s où a lieu l’entrevue. Je pose mes modestes petits petons sur le sol du grand hôtel – mes doigts de pieds n’avaient encore jamais foulé parterre si noble – et m’élance tête baissée vers le bar. Je m’assois, j’attends et je me concentre. Inutile de préciser que ce lieu aux canapés de velours tenu pas des hommes en smoking et au sourire "ultrabrigh" ne m’aide pas vraiment à calmer mon rythme cardiaque. Un signe dans ma direction ! C’est à moi ! Cette fois faut y aller ma petite… J’inspire un bon coup et je tente d’incarner la décontraction même. Olivier Dahan est à sa table avec un ami et m’adresse un petit bonjour, sa fidèle gavroche sur la tête. Je balbutie deux trois blagues pour instaurer une atmosphère de joie et hop ! Je me lance...

Que connaissiez-vous d’Edith Piaf avant de vous lancer dans l’écriture du scénario ? Quel a été le déclic pour faire ce film ?
En réalité, je ne savais pas grand-chose d’elle. Bien sur, je connaissais comme tout le monde quelques chansons ou des bons morceaux de sa vie. Ce qui m’a donné le déclic, c’est une photo d’elle. Elle était dans la rue habillée un peu en punk. C’était totalement en décalage avec l’image que l’on montre d’elle en général. Rien à voir avec la Piaf en petite robe noire. De la voir ainsi dans cette tenue punk, ça m’a vraiment interpellé et c’est de là qu’est né mon désir de faire ce film. Mais je n’ai pas voulu faire de son histoire une biographie en images, La Môme est un portrait.

Dès l’écriture, vous saviez que ça serait Marion Cotillard qui jouerait le rôle. Comment l’avez-vous découverte et comment avez-vous compris qu’elle avait l’étoffe pour incarner Piaf ?
En fait, je ne connaissais pas Marion personnellement. Je l’ai découverte dans des films, mais sinon je n’en savais pas plus sur elle. Mon choix s’est basé sur l’intuition... Je sentais vraiment qu’elle était capable de tenir ce rôle et qu’elle arriverait à devenir Piaf.

Une vraie alchimie se crée entre votre caméra et Marion, qui a donné beaucoup et s’est même transformée physiquement. Comment avez-vous travaillé avec elle ?
On a évité de faire des lectures, de faire des répétitions. En fait, on a évité ce qui pourrait ressembler de trop près à du travail. C’est quelque chose qui c’est fait sans qu’on puisse mettre de mots dessus… C’était tout simplement une bonne osmose. Elle a dû se raser en partie la tête et les sourcils, elle n’a pourtant pas hésité. C’est sûr que ce n’est pas très joli d’avoir la moitié du crâne rasé ! Sur un plateau ce n’est pas très grave, mais au restaurant c’est autre chose… Mais Marion s’en foutait je crois. Elle n’a pas eu peur, elle est allée jusqu’au bout.

Lors de l’écriture, en tant que réalisateur, on projette déjà certaines scènes. Quelles scènes désiriez-vous le plus tourner ?
Je n’ai écrit que des scènes que j’avais envie de tourner. Vu que c’est moi qui écrivais le scénario, j’ai essayé de ne faire que des choses qui me faisaient plaisir. A un tel point que j’en suis arrivé à devoir couper des scènes qui me plaisaient beaucoup, parce qu’il y en avait trop. Quand certaines choses ne m’inspiraient pas vraiment, je n’écrivais pas. En fait, je n’ai fait que ce qui m’a plu !

Ce plan-séquence où Piaf apprend la mort de Marcel Cerdan est un moment marquant du film. Très belle mise en scène de la perte avec cette déambulation dans de longs corridors vides. C’est toujours un exercice difficile, comment cela c’est-il déroulé sur le tournage ?
Je l’avais écrit comme ça, vraiment pour que ça soit ce plan séquence. Je l’ai réalisé tel que je l’ai écrit et imaginé, et c’est très rare ! C’est quelque chose de très fort pour un réalisateur, ça m’arrive rarement d’ailleurs, de voir au final un plan exactement comme je me l’étais imaginé. Je voulais que ce soit un plan qui résume sa vie entière… La joie, le drame, la perte et puis à nouveau la scène. Pour moi, ce plan est un condensé de toutes les émotions qui animent ce film.

Est-ce ce plan-séquence qui vous a procuré le plus de plaisir ?
Vous savez, ce ne sont pas toujours les scènes les plus spectaculaires pour lesquelles on prend le plus de plaisir. Là en l’occurrence oui, pour ce long plan séquence il y avait une vraie émotion sur le plateau. Mais toutes sortes de plans m’ont plu. Tous les jours il y avait des plans qui me tenaient à cœur.

Ginou Richer, proche d’Edith Piaf, était présente sur le tournage. Quand on s’est plongé comme vous dans la vie d’une personne, une telle rencontre doit être d’une grande intensité ?
Oui forcément, surtout que je n’ai pas voulu rencontrer des personnes qui l’ont connu pendant que j’écrivais, mais uniquement une fois le scénario fini. J’attendais avec impatience d’avoir leurs sentiments sur ce que j’avais écrit. Ginou a été tout de suite très rassurante, elle m’a dit que c’était exactement ça. Cela aurait été embarrassant si elle m’avait dit que c’était complètement à côté (rires) ! J’ai également rencontré Georges Moustaki qui m’a raconté beaucoup de choses et qui a été très gentil. C’est un homme vraiment très charismatique. J’ai passé une soirée chez Georges à boire et à parler. J’ai aussi des objets qui ont appartenu à Edith Piaf chez moi, comme des lettres ou d’autres petites choses comme ça. Je garderais une relation un peu particulière avec cette artiste.

Il y a beaucoup de très beaux seconds rôles, Gérard Depardieu, Jean-paul Rouve, Sylvie Testud, Clotilde Courau, Emmanuelle Seigner. Quel personnage vous ressemble le plus ?
Momonne.
J’adore la vraie Momonne (Simone Bertaut), elle a écrit deux livres, dont celui sur Piaf qui est farci d’incohérences ou de trucs qu’elle invente complètement. Par contre, elle écrivait très bien, elle avait un très beau verbe. Son deuxième livre est vraiment remarquable, et puis j’aime son phrasé marqué par là d’où elle vient… C’est la part de l’ombre, l’univers de la rue et c’est cela qui est intéressant.

Encore une petite question portrait ! Quelle chanson de Piaf vous ressemble le plus ?
A la base c’est vrai que ça n’est pas ma musique… Mais il y a une chanson que lui a écrit Prévert et qui est dans le film que j’aime beaucoup. Le texte est simplement magnifique…

Oh bah non ! C’est déjà fini… Le temps passe toujours plus vite dans les meilleurs moments. Je sors mon petit appareil et je prends un cliché de notre homme à la casquette. Il me dit ne pas être un grand fan de l’auto-photo, mais joue le jeu malgré tout. Je me lève à contrecœur pour quitter les lieux, moi j’aurais bien voulu discuter encore un peu ! Adieu hommes en smoking et aux dents étincelantes, adieu canapés qui coutent surement plus chers que ma garde robe au complet, adieu sol si propre que mes pieds ont peur de marcher dessus… Mais surtout adieu Monsieur Dahan qui nous faites rêver avec le portrait si juste et troublant de cette grande artiste qu’est Edith Piaf…

Propos recueillis par Florence Rochat (Paris, février 2007)

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