Mascarades est
une comédie complètement loufoque, burlesque, vive, et intelligente, qui suffira à vous donner la pêche pour le reste de la journée.
Voilà l’idée : Mounir, avide de réussite sociale, en a marre que les gens se moquent de sa sœur, Rym, qui est narcoleptique (elle s’endort à n’importe quel moment de la journée). Un soir, ayant trop bu, il hurle sur la place centrale du village qu’un homme riche a demandé la main de sa sœur, et qu’il a accepté. Première mascarade ! Le réveil est difficile ! Mais en même temps cette annonce donne enfin à Mounir ce qu’il désirait le plus : de l’admiration. Mais lorsque, sur les conseils de sa femme Habiba, il décide de mettre fin à ce mensonge, sa sœur, qui pourtant refuse de se marier de force, relance l’histoire de plus belle ! Deuxième mascarade ! Tout ça pour faire réagir Khliffa, son fiancé non-officiel, qui est comme un frère pour Mounir, et dont le seul défaut est de ne pas être riche. Bref, si dès le départ il y a des cachotteries, ça n’aide pas ! La situation va donc, on s’en doute, s’emballer.
Le film fonctionne sur le mode du téléphone arabe : plus ça va, plus on rajoute, plus on déforme la vérité ! Mounir, d’homme insignifiant, devient presque un demi-dieu. Troisième mascarade ! La situation, de cocasse, devient abracadabrantesque et difficilement gérable pour les protagonistes, et très amusante pour le spectateur. D’autant plus que l’interprétation est géniale. Certes, tout cela semble parfois un brin surjoué. Mais c’est volontaire : l’interprétation permet au film de tomber dans de purs moments burlesques, là où, malheureusement, la mise en scène reste trop académique.
C’est un film extrêmement théâtral, qui joue sur le vaudeville et l’absurde, grâce au jeu légèrement appuyé des comédiens.
Derrière la simple comédie,
il y a aussi une vraie intelligence dans l’analyse du microcosme social qu’est le village. Les hommes apparaissent comme lâches, immatures, préoccupés par leur statut social. Leur but ultime : acquérir un statut supérieur pour dominer les autres, la fin justifiant les moyens. Sauf Khliffa, qui n’attache aucune importance au statut social, et qui nous est présenté comme un rêveur dans l’âme, dont les seuls buts sont : d’épouser Rym, la narcoleptique qui s’endort (et le sommeil est le moment du rêve) pendant la moitié de la journée, et d’ouvrir un vidéoclub. S’il y a bien une chose que l’on peut dire sur le cinéma, c’est qu’il vise à nous faire rêver, et Khliffa veut faire partager ce rêve.
Les femmes sont indépendantes, fières, dynamiques, et sont là pour remettre les hommes dans le droit chemin. Habiba, la femme de Mounir, est formidable d’énergie, de bon sens et de lucidité, et n’hésite pas à défendre les deux amoureux, jusqu’au bout, contre les traditions que les hommes (sauf Khliffa) défendent. Rym, bien qu’elle soit narcoleptique, n’a pas le cerveau endormi, et n’hésite pas à braver l’autorité suprême et religieuse de son frère pour suivre son propre destin. En dehors du village, avec un autre rêveur… Rym et Khliffa sont les deux jeunes gens du film, ceux qui rêvent d’évasion et de liberté. La jeune Algérie, peut-être… Celle qui se développe, ou celle dont les jeunes rêvent ! En tout cas, elle devrait être belle.
Anne-Louise Echevin