Un film d‘
Emilie Deleuze, avec
Mathieu Demy,
Aure Atika,
Patrick Catalifo,
SYNOPSIS :
Lucas, jeune scientifique, est obsédé par le mouvement ; celui des chevaux qu’il étudie, et celui de la danse qu’il pratique en amateur. Sa vie sentimentale et professionnelle atteint une impasse lorsque son frère Luigi, éleveur de chevaux, meurt, tué accidentellement par un étalon, Mister V. Fasciné par Mister V, Lucas sait que l’animal a fait l’objet d’une arnaque aux assurances et qu’il doit être abattu.
Tiraillé entre la mémoire de Luigi qui voyait en Mister V un futur champion, son attirance pour sa belle-sœur, la tendresse pour sa nièce, les tensions avec le jeune apprenti et les pressions de l’ex-associé de son frère, Lucas décide de reprendre l’élevage en main.
Il va puiser force et puissance auprès de l’étalon meurtrier dont la sauvagerie le fascine. A son contact violent et charnel et en usant de ses relations dans la recherche équine, Lucas va trouver l’énergie de sauver l’animal et de libérer ses propres désirs sous d’autres horizons.
L'AVIS DE LA REDACTION :
Loin, très loin des films sur les chevaux que vous avez pu voir au cinéma (de L’HOMME QUI MURMURAIT… à SEABISCUIT), MISTER V, deuxième long-métrage d’
Emilie Deleuze, est une œuvre charnelle, vraie.
C’est l’histoire de Mister V, un étalon, et de Lucas, jeune scientifique qui se retrouve à la tête d’un élevage de chevaux après le décès accidentel de son frère, tué par ce même Mister V.
C’est donc un cheval le héros peu ordinaire de ce film traité avec une esthétique hors du commun mais intéressante.
Emilie Deleuze connaît les chevaux, leur univers ; et cela se sent dans sa manière remarquable de les filmer. Entre force et sensualité, avec de très gros plans, un montage cut rapide et une lumière choisie, les chevaux prennent, à travers l’œil de sa caméra, une dimension grandiose, à la fois impressionnante, belle et effrayante.
Ici, ce n’est pas l’action qui est prétexte à voir des chevaux mais l’inverse. Ils sont au centre du film. Une fascination qu’
Emilie Deleuze transmet au spectateur par l’image, mais aussi par la passion de Lucas envers Mister V.
Personnage à part entière du film, le cheval en est aussi le principal élément de décor, d’action, de bruit. A noter sur ce dernier point la très belle scène où la réalisatrice associe le bruit des sabots à celui des pieds de Lucas dansant des claquettes. Lucas, c’est Matthieu Demy, qui maîtrise son rôle parfaitement, tout en retenue.
Inclassable et réussi, le film d’
Emilie Deleuze est une véritable curiosité… à découvrir !
Amélie Chauvet
L’AVIS DE LA PRESSE :
CinéLive:
" Ce qui se passe à l’écran entre Lucas/Mathieu Demy et le mister V. du titre, canasson promis à l’abattoir pour arnaquer l’assurance, vous ne l’avez jamais vu. "
Philippe Paumier (article entier disponible dans Cinélive n°73, page 50)
Studio Magazine :
"Emilie Deleuze filme l’intriguant et magnifique étalon qui habite son récit avec une sensualité quasi charnelle. Les muscles saillants et le regard pénétrant de l’animal envahissent le cadre avec une force et une brutalité bouleversantes."
T.B. (article entier disponible dans Studio Magazine n°194, page 54)
Première :
" Le film bascule parfois dans le thriller fantastique, tant le cheval maudit évoque une force du mal intelligente qui s’apparenterait à celle d’un serial-killer – soulignons en passant que le cheval joue très bien : ses regards en coin sont tout bonnement terrifiants de psychopathie furieuse. "
Stéphanie Lamome (article entier disponible dans
Première n°321, page 44)
Les Cahiers du cinéma :
" Au centre, le cheval noir, violent, méchant et magnifique est à la fois le véritable enjeu de la mise en scène, et la métaphore d’un désir de cinéma harnaché de trop d’appareils narratifs. "
Jean-Michel Frodon (article entier disponible dans
Les cahiers du cinéma n°584, page 38).
Télérama :
" Vague polar, comédie sentimentale en pointillé, le film se risque à mêler les genres sans toujours avoir l'adresse qu'il faudrait. Emilie Deleuze réussit, paradoxalement, le plus difficile : toutes les scènes qui montrent le rapport indéfinissable entre Lucas et l'animal sont très ressenties. "
Frédéric Strauss (article entier disponible sur le site de
Télérama)
Chronic’art :
" Mais dans ce film sans intensité et sans muscle, le manque d’ambition du récit et l’indigence de la mise en scène dégonflent à l’avance toute tentative d’un lyrisme animalier. "
Jean-Philippe Tessé (article entier disponible sur le site de
Chronic’art)
Libération :
" (…) le film paraît constamment corseté, les séquences se succèdent sans qu'il soit possible de déterminer jamais un tempo, un changement de rythme, qui donnerait à l'histoire son battement propre. "
Didier PERON (article entier disponible sur le site de
Libération)
ENTRETIEN AVEC Emilie Deleuze :
Dans votre jeunesse, l’équitation a été votre seule raison de vivre. Mister V s’inspire de cette première passion ?
Sans doute. Enfant, j’aimais passer du temps avec les chevaux en restant juste à côté d’eux ; observer comment les groupes se forment, comment un chef prend le pas sur les autres… C’était vraiment un rapport de contemplation. C’était ce rapport au cheval que j’aimais plus que tout, bien plus finalement que la monte. Je me suis dit, avec une ambition démesurée, il y a quelque chose à faire, je peux les filmer comme personne ne les a jamais vus !
Votre film est surprenant, inclassable. Comment le définiriez-vous ?
Je cours après un genre de cinéma déjà plutôt inclassable, alors définir le mien... J’aime énormément la période américaine des années 60-70, où certains films possédaient un état de grâce absolument extraordinaire, parce que d’une liberté folle. On peut difficilement parler de genre à propos de films comme, " Le Canardeur " de Cimino, ou " Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia " de Peckinpah. Ces réalisateurs avaient la même manière de rentrer dans une histoire. Pendant le premier tiers, on part sur une intrigue simple mais forte ; un méchant veut attraper un pauvre type, il paye des chasseurs de prime qui se lancent à ses trousses. Puis, cette tension devient accessoire, l’histoire se développe librement, parfois en une sorte de road-movie. Peckinpah, par exemple, stoppe soudainement l’action et plante ses personnages pendant dix minutes au bord de la route pour faire un pique nique… Et là, ils se mettent à parler de la vie ! c’est formidable…
Quels étaient les partis pris de narration ? Vous installez une tension extrême, en jouant très peu sur des codes. Le suspense de l’escroquerie à l’assurance est par moments évacué, pourtant, le spectateur est en permanence saisi par l’émotion et la tension des situations.
Tant mieux, je craignais que ça ne marche pas ! Dès l’écriture, puis au montage, la grande difficulté de ce film était d’instaurer cet équilibre, en veillant aussi à ne pas être trop explicatif. Il fallait en effet casser les codes du genre, faire basculer l’intrigue pour privilégier l’humain plutôt que certaines formes d’action ou de rebondissements. Je ne devais jamais oublier ce pour quoi je faisais ce film ; le rapport de cet homme avec ce cheval est le centre de cette histoire. Pendant le montage, j’avais épinglé au mur cette citation de Faulkner, " Kill yours darlings ". Pour accéder à une quelconque universalité, il faut supprimer tout ce qui a un attachement sentimental. Tuer ce que l’on chérit le plus. L’intime n’intéresse que votre mère ou votre grand-mère.
Un cheval, Mister V, est le personnage central de votre histoire. Un héros peu habituel…
Une des premières raisons pour lesquelles j’ai eu envie de faire un film sur les chevaux, c’est qu’ils sont pour moi tellement liés au cinéma. Ils sont liés physiquement, spacialement, et ils sont beaux à voir ! Dans le film, personne ne les monte, il n’y a que le western qui peut mettre un homme sur un cheval… Au cinéma, c’est la seule figure possible et supportable. Sinon, c’est infilmable, en tout cas pour moi… Les chevaux sont aussi liés intimement à l’image par leur mode d’action horizontal, leur rapport à la lumière, la manière dont la robe d’un cheval la prend… Et le mouvement… Un cheval est sans cesse mobile, il bouge tout le temps…
Mister V est d’une sauvagerie extrême.
Mister V est le catalyseur, l’élément déclencheur de toutes les folies des êtres humains qui l’approchent. Pour définir sa sauvagerie, et bien qu’il s’agisse d’un animal, on pourrait dire que Mister V n’a qu’une " idée " en tête, la survie. Et il peut tuer l’homme qui s’oppose à sa survie. Il n’y a rien d’autre à chercher chez lui. Sa " pensée " est extrêmement simple, survivre jour après jour. Les êtres en état de survie, les humains comme les animaux, sont sauvages par nature. Ils refusent tout compromis.
"Mister V", c’est aussi l’histoire de deux frères Lucas (
Mathieu Demy) et Luigi (
Patrick Catalifo). Qu’est-ce qui vous intéressait de montrer dans ce rapport fraternel ?
L’idée de la famille m’a toujours fait peur. Les rapports familiaux nous persuadent que nous sommes liés les uns aux autres, alors que l’on n’a souvent absolument rien à voir ensemble. Je suis beaucoup plus proche de l’idée de la bande, de l’amitié. Mais il faut forcément se créer un lien. C’est ce que j’essaye de raconter à travers ces deux frères qui, à priori, n’ont pas d’affinités communes. En passant par toutes sortes d’états, et malgré leur opposition, ils finissent par se rapprocher. Lucas est dans une recherche désespérée pour arriver à se réaliser, son frère lui donne cette possibilité, tout en étant dans une autre voie.
Luigi vit physiquement sa passion. Il a un rapport complètement exclusif avec les chevaux.
Luigi est un vrai homme de cheval. Avec cette passion obsédante. Le problème , c’est que le jour où ils rencontrent " l’animal ", ils sont capables d’y laisser leur chemise, et ils la laissent tous.
À travers son travail de recherche dans un laboratoire, Lucas vit son rapport avec les chevaux à distance, de façon cérébrale.
Chez les gens de chevaux, alors que toute la famille est dans un sacrifice absolu pour faire vivre l’élevage, il y a souvent un enfant, un petit dernier qui, non seulement n’est pas intéressé par ce milieu, mais déteste les chevaux. C’est terrible de se retrouver dans une campagne paumée, entouré de gens qui parlent cheval 24H sur 24. La souffrance de ces gamins est immense, et il leur est très difficile de s’en sortir. C’est ce qui les rend émouvant.
Lucas, vous le montrez à la fois maladroit, il trébuche, manque les marches, et il a pourtant la légèreté d’un Fred Astaire !
Son personnage s’inspire d’un chercheur que j’ai connu. Les scientifiques vivent souvent très en retraits, enfermés dans une volonté désespérée de classer le monde. Ils sont dans le concret, méthodiques, soumis à des horaires précis. Mais tous ont une échappée, une forme de fuite à cette vie réglée, une passion pour la musique, la peinture, le théâtre… On a longtemps cherché un hobby pour Lucas, la danse allait bien avec son intérêt pour la captation du mouvement, et la relation entre les claquettes et les fers des chevaux est devenue évidente.
Ce qui nous vaut de magnifiques scènes de danse entre Lucas et Mister V.
Lucas est incapable d’avoir un rapport de domination, il lui fallait trouver une autre manière d’approche. Ces scènes montrent l’évolution de la fascination de Lucas pour ce cheval, jusqu’à cette séquence qui illustre leur rapprochement…
FICHE ARTISTIQUE :
Lucas :
Mathieu Demy
Cécile :
Aure Atika
Luigi :
Patrick Catalifo
Lemoigne :
Jean-louis Richard
Jean-François :
Gérald Thomassin
Marco :
Fabien Lucciarini
Clara :
Lucie Jan Martin
Le professeur de claquette :
Fabien Ruiz
Batistella :
Paulo Branco
Le médecin :
Antoine Dulaure
Le vétérinaire :
Gaël Nayt
Scientifique :
Jean Douchet
FICHE TECHNIQUE :
Réalisatrice :
Emilie Deleuze
Scénaristes :
Emilie Deleuze et
Laurent Guyot
Productrice :
Pauline Duhault
Co-producteurs :
Maurice Bernart et
Agnès B.
Image :
Jean-philippe Bouyer
Montage :
Mathilde Muyard
Prise de son :
Martin Boissau
Mixage :
Jean-pierre Laforce
Direction de production : Eric Zaouli
Casting :
Antoinette Boulet
Décor :
Moundji Gaceb
Costumes :
Manuela Copans
Musique originale :
Rodolphe Burger
Scripte :
Ariane Michel