Après près de quinze ans d’enfermement, Jan Dite sort de la maison de redressement de Prague. Sourire mesuré, œil contemplatif et légèrement ébloui par la lumière extérieure, il exprime un bonheur tout dissimulé à recouvrer la liberté.
Il se retire dans la montagne, là où les Allemands ont été expulsés après la Seconde Guerre mondiale et s’installe dans un ancien bistrot, désaffecté et complètement délabré. Fi de cette désolation ambiante, Jan garde le sourire car, comme il le dit :
« Ma chance, c’est d’avoir sans cesse été poursuivi par la malchance. Ce lieu lui rappelle alors sa jeunesse. Flashbacks introspectifs et nostalgiques.
Ses débuts comme barman, puis son activité de vendeur de saucisses, ses expériences avec les filles de joie et son ascension sociale au sein des grands hôtels praguois…
Jiri Menzel, le réalisateur, nous laisse voguer dans
un joli conte lyrique. Et, même si le film traite souvent de sujets sérieux (occupation allemande, eugénisme, xénophobie…), il nous les présente avec
une telle légèreté et une bonne humeur si savoureuse que l’on en sourit.
Devenir millionnaire. C’est le désir du jeune et petit – c’est le moins qu’on puisse dire – Jan Dite, dit « l’enfant ». Et, quand on est pas plus haut que trois pommes, difficile de se faire entendre mais malgré les coups dans la « gueule », les intimidations, les moqueries… Jan avance, avance… bien déterminé. Son but : avoir les poches pleines de billets pour pouvoir les semer au sol et observer avec perversion et amusement d’enfant les gens se chamailler au sol pour les récupérer. Comme ils le font pour quelques misérables sous. Car Jan peut aussi être traître, vil, opportuniste, limite « tête à claques »… Mais, au fond, on lui pardonne car il est jeune et innocent. Plus tard, il goûtera à la sagesse…
On apprécie justement le jeu d’Ivan Barnev (Jeune Jan Dite), toujours juste dans l’émotion, la sensibilité, le romantisme et l’humour qui caractérisent son personnage. On y trouverait presque des ressemblances avec Chaplin par sa gestuelle et son regard. Pas anodin, tant
Jiri Menzel apprécie le Charlot… D’ailleurs, le passage en tableaux, version vieux film muet nous rappelle son amour pour les débuts du cinéma.
Une touche bien rafraîchissante de burlesque. Tout autant que sa manière d’exalter la sensualité et la beauté féminines, et ce sans vulgarité.
Au final, on retiendra qu’il s’agit d’un film réussi, magnifié par une douceur poétique et une profondeur sentimentale intactes, et avec la morale en fil conducteur.
Fabrice Daboudet