Mon cher ennemi est un film très lyrique qui se passe en Irlande, mais qui par son histoire réaliste et si banale finalement, aurait pu se situer n'importe où ailleurs. Inspiré par un conte chinois, le film en garde toute la poésie et la fin symbolique. L'humour parsème l'œuvre en l'effleurant légèrement, donnant à cette fiction son côté doux-amer. Des moments très intenses oscillent avec d'autres plus tragiques, mais sans jamais peser sur le déroulement de l'action.
Le personnage d'Harry, veuf désespéré, provoque l'antipathie du public pour ensuite la transformé en empathie. Il a choisi pour se consoler de la mort de deux êtres chers, de pencher vers la haine car l'amour n'a plus suffit à faire son bonheur. L'emprise qu'il exerce sur son propre fils le poussera à se servir de lui pour assouvir une vengeance imaginaire face à l'ennemi qu'il s'est choisit. Entre fureur, actes pathétiques, et profonde humanité le personnage finira par incarner ce à quoi il ressemble le plus, un grand arbre solide et isolé de tous : une métaphore de sa destinée après le départ du seul être qui lui restait encore attaché, son fils.
Le film de
Goran Paskaljevic ne ressemble en rien aux autres films "sociaux" sur l'Irlande des années 1920. Pas de misérabilisme ou de lutte pour survivre, mais juste un cadre pour mettre en place la vie ordinaire de personnages somme toute communs et attachants. Mais cet univers sert surtout de prétexte à l'étude simple de nombreux thèmes comme la sexualité, les relations filiales ou tout simplement le désespoir profond d'un homme poussé peu à peu vers la folie. Une belle réussite donc toute en retenue et en finesse.
Claire Salères