Peur, haine, dégoût, reproche, pitié, béatitude… Toutes les émotions passent dans le regard. Le silence se fait dans la salle : le spectateur ne peut que plonger son regard dans celui du personnage. Dans
Mon Nom Est Tsotsi, les yeux sont le miroir des sentiments mais aussi le média privilégié pour s’adresser à une salle médusée. Silence, le spectateur entre dans le film.
En mettant en évidence ses pensées à travers son regard, la façon de filmer contribue à rapprocher le spectateur du personnage. La salle entre dans la sphère privé de Tsotsi. Il y a ensuite la musique, qui accompagne le récit et l’évolution du héros… Le spectateur, en immersion total grâce à la bande son, ne peut être que touché par les émotions que le personnage lui fait partager. Les yeux dans les yeux dès le début du film… L’histoire peut être racontée, l’attention est captivée.
Ainsi, on rencontre Tsotsi (
Presley Chweneyagae), un chef de gang au regard très dur. Mais, dans les yeux du jeune homme se révèlent peu à peu les blessures de son passé… laissant apparaître la facette humaine de sa personnalité. Regard rebelle donc, derrière lequel se cache tant de faiblesses. L’ambiguïté du personnage émeut le spectateur qui partage avec lui les étapes de son histoire.
Tsotsi vient faire exploser sa misère et son mal-être dans ces résidences chics. Plus qu’un appel au secours, c’est une façon d’enlever les œillères des plus fortunés ou peut-être celles d’un public ensorcelé.
Une misère qui déshumanise la société, c’est le thème principal du film de
Gavin Hood. Le spectateur suit l’évolution et l’ humanisation du personage. Pour que le film fonctionne, il faut des incarnations vivantes. Ici, la magie opère… L’interprétation des acteurs (notamment,
Presley Chweneyagae) est réellement puissante. Toute l’énergie vient de la véracité et la cruauté de la vie. L’histoire puise, de son côté, sa force dans la réalité des faits et la preuve que la misère existe.
Un film qui peut éveiller les consciences en démontrant que la misère existe et qu’elle peut triompher sur les Hommes. Mais, il fait surtout réfléchir sur la nature humaine…
Mon Nom Est Tsotsi mérite bien son Oscar du meilleur film étranger…
Emilie Chamoreau