Mon week end British à Dinard... Retour sur le festival du cinéma anglais

Mon week end British à Dinard... Retour sur le festival du cinéma anglais
Le 18ème Festival du Film Britannique de Dinard vient de s’achever sous un soleil radieux. Dinard devient pendant quatre jours la capitale du cinéma d’outre-Manche, 18 ans que ça dure, c’est donc devenu un Festival majeur. (08/10/07)

Résumé du film Mon week end British à Dinard... Retour sur le festival du cinéma anglais

Le 18ème Festival du Film Britannique de Dinard vient de s’achever sous un soleil radieux. Dinard devient pendant quatre jours la capitale du cinéma d’outre-Manche, 18 ans que ça dure, c’est donc devenu un Festival majeur.
Dinard a dans le passé récompensé des films comme Petits Meurtres Entre Amis, The Full Monty, Billy Elliot, Bloody Sunday, La Jeune Fille à La Perle... Beaucoup de films anglais sont co-produits par des français (The Queen de Stephen Frears), on s’inspire de la littérature britannique (Lady Chatterley de Pascale Ferran), certains réalisateurs anglais ont même parfois plus de succès chez nous que chez eux (Ken Loach, Mike Leigh…).

Cette année encore une programmation très riche avec 19 avant-premières, dont le film Reviens-moi (prévu pour le 9 janvier 2008) de Joe Wright avec un casting prestigieux : Keira Knightley, James Mcavoy, Romola Garai, et les participations de Brenda Blethyn, Vanessa Redgrave (et aussi des apparitions de Jérémie Rénier, Michel Vuillermoz, Lionel Abelanski). Le réalisateur de Orgueil Et Préjugés adapte ici encore un best-seller à l’eau de rose pour un faire un joli film sentimental, avec toujours Keira Knightley. C’est le récit d’une grande passion amoureuse contrariée en 1935, impossible durant la seconde guerre mondiale (avec un très long plan-séquence d’anthologie sur une plage du débarquement), et romancée par la suite.

Le film d’ouverture était le très attendu nouveau film de Ken Loach depuis sa palme d’or à Cannes, cette fois il porte son regard sur la mondialisation et l’exploitation d’étrangers souvent clandestins comme main-d’œuvre sous-payée et pas déclarée. It’s A Free World… a l’intelligence de dénoncer des pratiques douteuses qui en apparence bénéficient à tout le monde, tout en suggérant bien les effets négatifs qui suivent cet esclavagisme économique. Meilleur scénario à Venise, il faudra attendre le 2 janvier 2008 pour le voir au ciné. L’actrice Kieston Wareing, la formidable révélation du film, est venue apporter une touche glamour à la présentation du film.

Le Palmarès, et les commentaires du jury :

And the winner is… : le jury est présidé par Josiane Balasko, il est composé des actrices Cécile Cassel, Kerry Fox, Linh Dan Pham, Imelda Staunton, des acteurs Etienne Chicot et Jocelyn Quivrin, de Laurent Guerra (humoriste et auteur bd), de Michael Grigsby (documentariste) et de Aurélie Mauriceau (cinéphile).
- Grand Prix Hitchcock d’or : Hallam Foe de David Mackenzie
- Prix du meilleur directeur de la photo : Hallam Foe de David Mackenzie
- Prix du meilleur scénario : Rendez-vous à Brick Lane de Sarah Gavron
- Mention spéciale du Jury pour : Once de John Carney
Le palmarès remarque aussi ces films :
- Prix du public : Rendez-vous à Brick Lane de Sarah Gavron
- Prix coup de cœur des exploitants : Garage de Lenny Abrahamson
- Prix entente cordiale du court-métrage : Friends Forever de Marçal Forès

Rendez-vous est pris avec le jury 70% frenchy - 30 % british pour évoquer ces films britanniques dans une ambiance très entente cordiale (cup of tea with jokes), moments choisis :
- Etienne Chicot : "Nous sommes aussi des spectateurs, nous regardons le cinéma aussi avec des yeux d’enfants, on fonctionne avec notre cœur."
- Josiane Balasko : "Dans tout les films les acteurs sont très très bons, ce que j’espère c’est que les cinéastes anglais continuent à faire de bons films en Angleterre en gardant leur originalité, et qu’ils ne partent pas à Hollywood pour des choses plus formatées."
- Michael Grigsby : "Les films britanniques sont sur le marché des films en langue anglaise, avant on pensait quand-même à séduire les Etats-Unis. De plus en plus ces films circulent en Europe avec succès, du coup il y a plus de prise de risque sur des sujets, et c’est bénéfique."
- Kerry Fox : "Beaucoup de cinéastes ont appris leur métier en travaillant pour la télévision, mais c’est fini, il y a désormais peu de choses aventureuses à la télé."
- Jocelyn Quivrin : "Hallam Foe est peut-être un film plus difficile à défendre car les personnages principaux ne sont pas immédiatement sympathique, c’est plutôt sombre au début, c’est un film très remuant."
- Etienne Chicot : "Hallam Foe était aussi peut-être le film le plus typiquement british."

Six films étaient en compétition

Once de John Carney : quand un chanteur-guitariste dans la rue rencontre une chanteuse-pianiste, et bien ils se chantent des chansons. I don’t know you but I want you, ils sont sur la même longueur d’onde et vont chanter ensemble des chansons inspirées par leurs déboires sentimentaux. C’est la musique qui les réunit d’abord, il faudrait pas grand-chose pour que le hasard leur fasse vivre une histoire d’amour, mais… C’est difficile de faire un film simple qui raconte des choses simples, ici c’est tout à fait réussi et c’est le public qui est amoureux du film. Les musiciens/acteurs Glen Hansard et Marketa Irglova sont même venus jouer quelques chansons après le générique de fin. C’est magique, et ça sort bientôt le 14 novembre.

Far North de Asif Kapadia : le réalisateur avait déjà remporté à Dinard le Hitchcock d’or en 2001 avec The Warrior, cette fois il emmène Michelle Yeoh et Sean Bean vers le désert glacé du pôle nord. Le film n’a pas beaucoup de dialogues mais il espère qu’on en parlera beaucoup. Saiva vit seule avec sa fille adoptive (on comprendra pourquoi), elle va sauver un homme perdu… qui précipitera son malheur. Film magnifique en surface qui met en relief des sentiments troubles, il amène une fin very shocking, vous ne resterez pas de glace.

Hallam Foe de David Mackenzie : on retrouve Jamie Bell (qui a grandi depuis Billy Elliot, Hitchcock d’or en 2000) dans un fim anglais. Il n’a toujours pas fait le deuil de sa mère morte dans d’étranges circonstances, alors il se heurte de manière brusque à son père et à sa belle-mère. Un affrontement de plus le fait s’enfuir à Londres où par hasard il croise une jeune femme qui ressemble à sa mère disparue. Il parvient à se faire embaucher en cuisine à l’hôtel où elle travaille. Il va alors reprendre son habitude favorite : espionner les autres et provoquer des disputes…

Rendez-vous à Brick Lane de Sarah Gavron : une femme originaire du Bangladesh est arrivée à Londres pour un mariage arrangé, elle y vit toujours avec son mari avec qui elle a eu trois enfants. Elle pense souvent à retourner d’où elle vient, son mari connait un revers professionnel. Après le 11 septembre 2001, des anglais deviennent extrémistes envers ceux qu’ils considèrent comme étrangers tandis que des musulmans se regroupent pour se défendre. Le père qui encourageait l’intégration préfère retourner au Bangladesh, mais notre héroïne se sent en fait bien plus anglaise qu’elle ne le pensait. Elle s’interroge sur ses souvenirs, ses convictions, son amour pour son mari…

Difficile de tout voir avec des séances en même temps dans 5 salles, pour les deux autres films en compétition un avis à chaud d’une spectatrice, Aurore, après la séance :
Becoming Jane de Julian Jarrold : l’histoire de Jane Austen qui a écrit "Orgeuil et préjugés", ses tourments et l’inspiration qu’elle tire de sa propre vie, des costumes magnifiques et l’acteur James Mcavoy touchant en dandy décadent, Jane (Anne Hathaway) montre le courage et la force qu’il a fallu pour être une femme cultivée à cette époque, très joli film néanmoins le temps passe et nous le sentons…

The Midnight Drives de Mark Jenkin : l’histoire d’un père divorcé à la reconquête de l’amour de ses enfants, 4 ans de silence et de séparation ressentis à travers de longs silences et une image sombre, le plus touchant est que le père arrive à s’exprimer le mieux qu’en voiture la nuit, il va faire vivre à ses enfants une de ses plus belles expériences partagée avec son père, heureusement ça finit bien…

Quelques moments forts de Dinard

- Pitching : un atelier de scénario où quatre scénaristes français et quatre autres britanniques présentent en public leurs projets de film à des producteurs. L’occasion aussi de Regards Croisés pour faire partager son expérience une fois le film terminé, comme l’ont fait Céline Sciamma pour Naissance Des Pieuvres (déjà sorti) et le scénariste de Waz réalisé par Tom Shankland (le film choc du festival). C’est un polar glauque (avec Stellan Skarsgård, Selma Blair) où des cadavres mutilés portent l’inscription tailladée "waz". Un indice donné par un serial-killer, c’est d’abord une équation humaine à résoudre (ce n’est pas l’anagramme de Saw mais il bien question de tortures dans ce film) avant d’être une sombre histoire de vengeance.

- Flegme britannique : il y avait une exposition sur l’agent 007, avec aussi un documentaire sur les 30 ans de James Bond et une conférence de Kevin Collette.

- People : quelques personnalités sont venues à Dinard découvrir quelques films avec le public comme Arthus De Penguern qui est un fidèle, Serge Rezvani (auteur de la chanson "Le tourbillon" dans Jules Et Jim), Patrick Rocca (un flic qui se fait taper dessus dans Dobermann), la divine Sophie Guillemin…

- Fair-play : chaque année les producteurs se mesurent sur le green pour un tournoi de golf, mais cette année les festivaliers attendaient plutôt les résultats de la rugby world cup, les english n’ont pas perdu leur match et les frenchy ont gagné le leur, donc bientôt demi-finale Angleterre-France (allez les bleus).

- Welcome : Les réalisateurs, surtout Asif Kapadia et Sarah Gavron, ont ont eu chaud au cœur de voir des salles pleines dès le matin et beaucoup de gens qui faisait la queue alors qu’il faisait beau : les séances affichent complet. Face à la Grande-Bretagne, la plage de Dinard est le rendez-vous annuel du cinéma britannique : il y a beaucoup de fidèles au rendez-vous. Même le soleil était là, les spécialités locales sont délicieuses, on y est vraiment très bien reçu par l’équipe (Karine, Sarah…). L’année prochaine le festival se déroulera du 2 au 5 octobre 2008.

Les autres films

Josiane Balasko a joué dans un film anglais avec Bob Hoskins, c’est Ruby Blue. Imelda Staunton membre du jury nous a présenté avec l’acteur Joss Ackland le film How About You, second film du réalisateur Anthony Byrne après Short Order (déjà passé par Dinard avec Emma De Caunes). C’est un bijou d’humour anglais où on rit avec un sujet à priori grave, une jeune fille se retrouve seule la semaine de noël à devoir gérer quatre pensionnaires difficiles d’une maison de retraite.
La vieillesse avec ses souvenirs est présente aussi dans And When Did You Last See Your Father ? avec Colin Firth et Jim Broadbent. Un pompiste simplet et innocent est surpris par la conséquence des ses actes envers un ado dans le déroutant Garage, tandis que Mrs Ratcliffe’s Revolution est une pétillante comédie très réussie. Il y avait aussi deux films en écho à la guerre en Irak : The Mark Of Cain de Marc Munden et le film surprise The Battle Of Haditha de Nick Broomfield.

Hommage à Shane Meadows

On avait vu à Cannes son film Once Upon A Time In The Midlands mais il est plutôt passé inaperçu en France. En 2004 Shane Meadows remporte à Dinard le Grand Prix Hitchcock d’or pour Dead Man’s Shoes, il a aussi réalisé Twenty Four Seven et A Room For Romeo Brass.
Son nouveau film This Is England est un événement salué en Angleterre, Dinard lui consacre donc un hommage particulier avec l’ensemble de ses films. Shane Meadows s’est dit heureux à 34 ans d’avoir une rétrospective de ses œuvres : "Dinard est mon festival préféré car il y a un vrai public et pas seulement des professionnels comme ailleurs". Il y a eu un débat avec Shane Meadows et son producteur Mark Herbert à l’issue d’une séance de This Is England. Un gamin chahuté d’une douzaine d’années intègre une bande de skinheads et découvre une nouvelle forme de camaraderie, mais il va se laisser séduire par un leader extrémiste… Un film percutant, dérangeant, brillant…à voir maintenant.

=> Voir la fiche complète du 17ème Festival Du Film Britannique De Dinard 2007

Christophe Maulavé ( Dinard, le 8 octobre 2007)

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