Vous souvenez-vous de
Chair de Poule ? Il y a dix ans, cette série télévisée novatrice – tirée de la collection éponyme de livres pour enfants – révolutionnait les codes des produits dits « Jeune Public ». Enfin, on découvrait des scénarii intelligents et audacieux s’adressant aux bambins en les considérant comme des êtres à plus de deux neurones actifs. Mieux. Enfin, on pouvait sans honte regarder la télévision avec nos petits neveux sans avoir l’impression d’être pris pour un Bisounours. La barrière de la frilosité bien pensante était tombée.
Malheureusement, une décade et quelques tristes attentats plus tard, les films pour enfants – et le cinéma familial en général – semblaient être retombés sous le coup de la psychose, du puritanisme et de la « gnangnan attitude ». Dans une société si
violente, mieux valait « sur-rassurer » nos enfants plutôt que de les empêcher de dormir. Hum, pas très excitant tout ça…
C’était sans compter sur le flair de
Robert Zemeckis (
Forrest Gump) et
Steven Spielberg (responsable de
E.t comme de
Les Dents De La Mer), véritables empêcheurs de
couver nos petiots en rond. Bien décidés à dépoussiérer nos coffres à jouets, les deux réalisateurs misent sur un drôle de scénario pondu par
Dan Harmon et Rob Schrab : l’histoire délirante d’une maison maléfique et… vivante ! Ils placent ensuite un jeune réalisateur prometteur aux commandes (
Gil Kenan) et offrent même à ce dernier un jouet tout neuf : la capture de mouvement. Bref, c’est Noël… ou plutôt Halloween.
Quelques mois plus tard, le résultat est là, et il faut bien l’avouer, ce qu’on a sous les yeux est plutôt excitant. Soyez avertis : en allant voir
Monster House, ce n’est pas une place de cinéma que vous allez acheter, mais un ticket pour le train fantôme. Une fois installés, vous serez littéralement cloués à votre fauteuil, embarqués par un scénario brillant plongeant des personnages fouillés au cœur d’une série de péripéties rocambolesques et délirantes - une mention spéciale à un troisième acte endiablé. Sans compter un casting (voix et silhouettes) quatre étoiles… « Entraperçu » dans
Le Pôle Express, le procédé de capture de mouvement offre ici une esthétique ludique (couleurs et formes) et impressionne par sa maturité : en plus de l’étonnante spontanéité des mouvements et attitudes, ce sont bien les mimiques de nos acteurs que l’on redécouvre à l’écran (flegmatique
Maggie Gyllenhaal ou troublant
Steve Buscemi).
Bref c’est beau, c’est intelligent et ça fiche joyeusement la trouille. Pourquoi bouder son plaisir ?
Eléonore Guerra