À quelle occasion avez-vous rencontré Michel Vaujour ?
Je préparais fin 2003, Le Sixième homme, un documentaire de 52’ quej’ai réalisé sur Dominique Loiseau. Dominique avait été accusé à tortd’être un policier ripoux. Quand je lui ai demandé ce qui lui avait permis de tenir en prison, il m’a parlé de son père mais aussi de MichelVaujour, qu’il avait rencontré à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy. Àcette époque, Dominique était au plus mal psychologiquement.Michel, lui, avait pris une balle dans la tête au cours d’un hold-up etse rééduquait seul. Michel lui avait insufflé l’énergie pour continuerà se battre envers et contre tout. Sans son soutien, Dominique m’a souvent dit qu’il ne serait plus là aujourd’hui.Je les ai donc rassemblés. Au cours du tournage, Michel a prononcéces mots : « Ce qui m’a touché chez Do, c’est une innocence que j’airetrouvée dans sa douleur. Une innocence que moi j’avais perdue en chemin.Une innocence que j’avais dû laisser derrière moi pour survivre. »Ces phrases m’ont bouleversée. Par-delà nos parcours très différents,je les ai d’abord entendues pour ce qu’elles faisaient résonner en moi :elles m’évoquaient les rêves et les idéaux abandonnés à l’épreuve duréel ; elles me disaient les deuils et le désenchantement dont esttissée la vie. Mais là où je ne voyais que la douleur, Michel montraitqu’on pouvait en faire une force. Ces phrases sont à l’origine du désir de faire un film avec lui, elles en sont aussi la trame secrète.