Boulogne-sur-Mer, Nord Pas-de-Calais. Aurélia, 35 ans, part à la rencontre de Marie-Rose, propriétaire d’une des casses les plus importantes de la région, afin de boucler son mémoire de sociologie. En l’absence de celle-ci, hospitalisée, les employés se confient à la caméra en révélant chacun leur vision d’un monde fermé sur lui-même et dont le naufrage semble bel et bien avoir commencé.
Après avoir réalisé des films pour le cinéma comme pour la télévision,
Christophe Lamotte se lance à présent dans le documentaire, ou plutôt le docu-fiction, puisqu’il a eu l’idée d’ajouter ici deux acteurs professionnels, par ailleurs familiers de son univers. Et c’est là que les choses se compliquent : si
Jean-michel Fête est, comme d’habitude, impeccable, la comédienne qui interprète Aurélia se révèle vite insupportable. Aucune simplicité, des remarques sans intérêt et qui sonnent souvent faux. La dame a choisi de prendre la pose, ce qui heureusement conduit le spectateur à plus s’intéresser aux personnages qu’à celle qui les questionne. Et ces personnages se livrent, humblement, comme si nous étions avec eux au moment où nous les entendons parler.
Puis vient Marie-Rose, maîtresse des lieux, partie de rien et qui n’a cessé de développer ses activités pour diriger aujourd’hui plusieurs dizaines d’employés, tous rattachés de près ou de loin à cette famille dont les liens semblent pourtant de plus en plus fragiles. Rivalités, fatalisme ou tout simplement désintérêt pour la chose, la succession de Marie-Rose s’annonce délicate et elle le sait.
Le réalisateur, dont c’est la grand-tante, la filme avec beaucoup de pudeur sans jamais chercher à la mettre mal à l’aise par d’éventuelles questions indélicates. Il la laisse simplement s’exprimer si elle le souhaite, elle qui avouera ne pas bien comprendre à quoi tout cela rime. A laisser une trace, lui répondra
Christophe Lamotte, une trace d’un monde en ruines qui ne tardera pas à s’éteindre définitivement, malgré tous les efforts qu’aura pu faire Marie-Rose.
Olivier Valette