Dans notre chère société schizophrène, on nous bombarde régulièrement de toutes sortes de vérités « absolues », mais cruellement contradictoires. En gros, « l’argent ne fait pas le bonheur, mais avoir un chouette canapé aide à se sentir bien » ; ou encore « suivez vos émotions, mais n’oubliez pas que si votre cuisine ressemblait à la page 473 du catalogue La Redoute, votre vie serait drôlement plus cool ».
Bref : être bien dans sa peau ? Les doigts dans le nez !
Visiblement, la question a titillé le norvégien
Jens Lien, et le voici aujourd’hui qui nous sert une drôle de fable – subtile, mais corsée – sur notre société de consommation, mais aussi sur la vie, la mort et l’amour.
On ne sait rien : ni d’où vient Andreas, ni ce qu’il fait dans cette ville étrangement aseptisée. On comprend peu : qui sont ces habitants/collègues/voisins, tous lisses, coincés et vides et pourquoi ne ressentent-ils rien ? L’important serait-il ailleurs ?
Intrigante expérience intellectuelle,
Norway of Life n’a pas volé les divers prix qu’il a glané ces derniers mois. Drôle, absurde, dérangeant, esthétique ;
le film de Liens s’interroge sur la signification de l’expression « se sentir vivant » et pose en plus de vraies réflexions sur notre société moderne dans laquelle le confort matériel est glorifié comme un accomplissement personnel et où le politiquement correct est roi. L’ombre de
1984 plane et l’électrochoc intérieur que subit discrètement notre conscience n’en est que plus perturbant.
Décidemment, une fable intelligemment glaçante… à ne pas manquer.
Eléonore Guerra