La lecture de témoignages des soldats qui ont participé à des crimes de guerre a très vite anéanti l’idée que je m’étais construite, selon laquelle, les crimes de guerre sont commis par des « monstres ».
La figure du « monstre » me permettait de penser que les exactions sont perpétrées par « d’autres », de tenir ces événements à distance et de rejeter leur dimension politique. Dire que les crimes sont commis par des monstres revient à dire qu’il s’agit d’une sauvagerie individuelle et non d’un crime d’Etat. Alors la question est arrivée: et si moi je m’étais trouvé dans cette situation? Plus j’y pensais, plus la peur grandissait. Ce n’était pas tant l’idée de savoir ce que j’aurais fait qui m’effrayait, mais plutôt le seul fait que j’aurais pu me retrouver dans une telle situation. Pendant la guerre, j’avais l’âge, le sexe, et l’inconscience qui va avec...