Adepte des scénarios éclatés et des images stylisées,
Arnaud Des Pallières récidive avec
Parc. L’histoire mélange ici passé, présent et futur, le tout ne prenant de véritable cohérence qu’à la fin. Le problème, c’est qu’entre le début et l’épilogue, l’esprit du spectateur a tendance à se détacher du film pour se concentrer sur son estomac qui gargouille ou sur le soudain bâillement qu’il ne peut retenir.
La faute à une histoire qui traîne en longueur. Si l’éclatement scénaristique est propice au suspense, il faut savoir maintenir un minimum de cohérence et de rythme dans le montage. Or, le film est lent. Le spectateur écoute les monologues de ces pauvres personnages riches , qui s’ennuient à mourir dans leurs cages dorées et qui découvrent que, en dehors de leur belle résidence (Le Parc), le monde souffre de violences selon eux totalement inexplicables et injustifiées (les émeutes en banlieue). Empêtrés dans leur quotidien et leur routine immuables, ils ne font rien qui puisse capter l’attention du spectateur.
Seulement, un loup, qui prend la forme de
Jean-marc Barr, s’est introduit dans la bergerie, et a bien l’intention de croquer un mouton. Si possible, un beau : riche, marié, père de famille (incarné par
Sergi Lopez)… Son but : créer un électrochoc, en réaction à l’apathie du monde qui l’entoure. On se dit alors que tout va devenir intéressant. Mais non. Le loup est tapi et observe sa proie, sans bouger. Jusqu’au dénouement.
Alors, quel est l’intérêt du film ? Tout d’abord,
on ne peut qu’apprécier la beauté des plans. Dans le film,
Jean-marc Barr est envoûté par l’architecture et le design d’une maison. De même, le réalisateur réussit à nous hypnotiser grâce à des plans (larges) extrêmement stylisés. Certaines scènes de dialogue (ou de monologue) possèdent une grâce et une beauté insaisissables, comme la rencontre entre
Jean-marc Barr et
Géraldine Chaplin. Malheureusement,
s’il est important de soigner la forme d’un film, il vaut veiller à ce qu’elle n’étouffe pas le propos. Et c’est ce qui se passe souvent ici.
La plus grande réussite du film vient surtout de l’interprétation : on y retrouve deux comédiens totalement opposés, qui ont en commun d’avoir un talent réel et une présence monstrueuse. Ils réussissent à jeter le trouble sur leurs personnages, leurs évitant de tomber dans un manichéisme lourd.
Sergi Lopez est admirable d’intensité. Il occupe l’écran de son aura puissante, protectrice, mais aussi très menaçante. Derrière l’homme a priori parfait, on devine une sorte de cruauté, de dédain.
Et puis il y a l’extraterrestre
Jean-marc Barr. Car cet homme n’est définitivement pas humain, mais lunaire. Son personnage aurait pu tomber dans le piège du sadisme pur, de l’inhumanité réincarnée. Mais l’acteur incarne ici un personnage totalement hors du monde, et lui donne sa grâce et sa beauté incandescentes, irréelles. Il transforme ainsi le pervers violent en homme perdu et lointain, comme à la recherche de quelque chose que lui seul voit. Impressionnant.
Dommage que le film n’arrive pas à focaliser suffisamment l’attention du spectateur sur ces deux personnages remarquablement interprétés.
Anne-Louise Echevin