Pièces détachées est un premier film très réussi. Il nous parle d’amitié et de solidarité dans le milieu des voleurs de pièces de voiture de Mexico. Certes, le scénario n’est pas révolutionnaire (peut-être la seule petite faiblesse du film), et on se doute bien de l’issue du film, mais l’action se situe dans un cadre jusque là inexploité et inexploré. L’action et l’interprétation sont bien menées et d’une justesse sans faille.
Tout d’abord, les deux jeunes acteurs sont géniaux. Leur naturel et leur spontanéité font plaisir à voir. Il y a entre eux une complicité évidente. C’est à se demander s’ils sont réellement en train de jouer la comédie ! Les deux adolescents, qui sont de sacrées têtes à claques (mais qu’on adore), semblent se connaître depuis toujours. Et grâce à une mise en scène efficace, le spectateur se sent complètement intégré à leur amitié.
Il y a du Dardenne dans ce film. Tout est filmé caméra à l’épaule, mais il n’y a pas un mouvement de caméra en trop, pas d’hystérie visuelle. Le réalisateur n’utilise presque pas la technique du champ - contre champ, peut-être trop factice. La caméra est à la hauteur des acteurs et s’intéresse au moindre de leur mouvement.
Le spectateur se retrouve dans la peau d’un troisième personnage invisible et muet, qui accompagne du regard les interprètes, qui les suit, se place derrière, devant ou entre eux lorsqu’ils parlent, de manière à les avoir toujours dans son champ de vision. La caméra descriptive, comme un oeil qui observe les faits et gestes des personnages, nous rapproche d’eux. Une intimité et une complicité se créent entre le public et les acteurs. On vit avec eux, on les suit silencieusement, on partage ce qu’ils veulent bien nous dire, et ils sont généreux dans leurs émotions.
Mais il y a aussi un peu de Ken Loach, dans la description sociale. Le film nous montre comment un adolescent, prêt à tout pour atteindre son rêve américain, et victime d’une trahison, se retrouve à sombrer dans un engrenage infernal, entraînant son meilleur ami avec lui. Il ne s’agit pas pour autant de faire un film social et dénonciateur. Il n’y a pas ici de jugement moral. Le vol n’est pas condamné, ni approuvé. Il y a aussi la description d’un mode de vie :
le réalisateur nous entraîne dans un dédale de pièces de ferrailles, une sorte de village dans la ville, presque un autre monde, quasi-surréaliste. L’arrière-plan est en effet très présent dans
Pièces détachées. Il y a bien sur Mexico : son activité incessante, son bruit, tiennent une place à part entière. Mais ce qui nous fascine, c’est surtout ce quartier incroyable, fabriqué par toutes ces parties de voiture (de l’enjoliver au pare choc), qui semblerait devoir s’écrouler si on en enlevait une.
Un excellent film, intelligent, drôle, dramatique, simple. Du vrai cinéma, à la fois divertissant mais aussi réfléchi. Un très bon moment à passer dans un incroyable Mexico, avec deux ados qui ne le sont pas moins. Des
Pièces détachées à voir et à revoir.
Anne-Louise Echevin