Les films-cultes naissent souvent d'une rencontre improbable :
Point Blank - Le Point De Non Retour n'échappe pas à la règle. Car qui aurait cru que
Lee Marvin, qui a trimballé sa gueule de tueur implacable chez
Fritz Lang et
Robert Aldrich, confierait les pleins pouvoirs à un jeune metteur en scène anglais complètement inconnu ? C'est pourtant grâce à l'intuition du comédien que
John Boorman a pu signer en toute liberté son adaptation d'une rare audace d'un roman médiocre de Richard Stark, alias Donald E.Westlake. Sorti au même moment que
Bonnie And Clyde, :
Point Blank - Le Point De Non Retour est un polar qui prend autant les conventions du genre à rebrousse-poil que le chef d'œuvre d'
Arthur Penn. Réflexion sur le désir de vengeance et la violence comme fatalité, le film nous plonge dans l'univers mental du protagoniste. D'où ces plans quasi fantasmatiques où
Lee Marvin, filmé en contre-plongée, déambule dans un couloir, tandis que le claquement sec de ses pas résonne comme dans un rêve éveillé... Bousculant la linéarité de la narration, à la manière des cinéastes de la Nouvelle Vague, Boorman brouille constamment les pistes et nous précipite vers l'abîme. Plus minéral que jamais,
Lee Marvin, presque mutique, devient l'incarnation même de la Vengeance. Il sera d'ailleurs à l'affiche du film suivant de Boorman,
Duel Dans Le Pacifique. Taxé de complaisance envers la violence :
Point Blank - Le Point De Non Retour n’est pas immédiatement reconnu comme l'œuvre visionnaire qu'elle est. Ce qui ne l'a pas empêché d'influencer plusieurs cinéastes, de
Martin Scorsese à
Quentin Tarantino,
Steven Soderbergh,
Bryan Singer et
Christopher Nolan...