Aujourd’hui, quelque part aux Etats-Unis. Quatre ingénieurs en chemise passent des heures dans un garage transformé en atelier, inventant des appareils mécaniques dans l’intention de les breveter. Le succès n’est pas forcément au rendez-vous jusqu’au jour où, par une nuit ordinaire, Abe et Aaron créent involontairement une machine à voyager dans le temps. Basée sur une foule de calculs scientifiques très concrets, elle permet d’aller d’un point A à un point B. Ils vont l’essayer à des fins personnelles, se gardant bien de révéler le secret à leurs collègues. Mais ils se laissent rapidement dépasser par les événements...
7000 $. C’est le budget de
Primer. En d’autres termes, un coût dérisoire. Pendant que certains films plongent dans la médiocrité en coûtant mille fois plus, le premier long-métrage de
Shane Carruth atteint des sommets dans la catégorie du cinéma expérimental, en proposant un casse-tête cérébral dément. Le scénario aborde pourtant un sujet devenu banal au cinéma : le voyage dans le temps. Si le thème des déplacements spatio-temporels nous a livré quelques perles rares par le passé (
Retour Vers Le Futur,
Donnie Darko,
L’armée Des Douze Singes), nombreux sont les échecs qui en ont découlé (
La Machine A Voyager Dans Le Temps,
L’effet Papillon ou encore
The Jacket, pour ne citer qu’eux). Car s’attaquer au mythique voyage dans le temps demande une réflexion scientifique profonde dont le but est d’éviter les contradictions et les failles scénaristiques. Ca tombe bien,
Shane Carruth est mathématicien.
Dans
Primer, on se laisse porter par l’énigme, les neurones en pleine ébullition. Dès le début, le langage scientifique adopté par les comédiens brouille les pistes. Qu’est ce donc que ce film où l’on ne comprend pas la moitié des mots, où la caméra instinctive à l’épaule nous égare, où le grain particulier apporté à l’image bouscule la vision ? Pris dans cette spirale infernale, on cherche la petite bête. Celle qui nous ferait dire : ce n’est pas possible. Et pourtant, on a beau multiplier les théories dans sa tête, on ne trouvera pas. Diablement ficelé, le scénario évite tout sentiment d’incrédibilité, tout comme la réalisation fortement réaliste. Au fil des minutes, on assiste, charmé, à ce puzzle inventif. Lorsque le générique de fin apparaît, le cerveau, pourtant fatigué, en redemande.
Primer est le genre de film qu’il faut voir plusieurs fois et analyser méthodiquement.
Quand on sait que
Shane Carruth a géré le projet quasiment tout seul (réalisation, production, scénario, montage, son, musique), on ne peut que saluer le travail. Et si certaines personnes trouveront à redire du résultat, une chose est sure : l’avenir du cinéaste / scientifique semble radieux.
Primer s’avère finalement une équation stylisée, « un TP de science » comme le résume si bien son créateur, qui active la réflexion du spectateur. Une émotion suffisamment rare dont on aurait tort de se priver…
Alain Martino