Providence est votre premier scénario original, en ceci qu’il n’est pas tiré, comme vos autres scénarios d’une de vos pièces de théâtre. L’avez-vous écrit directement pour Resnais ou était-ce un projet en suspens?

Quand nos producteurs ont suggéré mon nom à Resnais pour une collaboration éventuelle, celui-ci s’est mis à lire toutes mes pièces et a retrouvé dans ses dossiers un certain nombre de mes déclarations qu’il avait classées selon ses habitudes. Lorsqu’il vint me rendre visite, il me citait des propos que j’avais tenus dix ans auparavant et que je ne reconnaissais même pas. Mais nous sympathisâmes tout de suite car nous avions la même attitude de pensée. J’avais un embryon d’idée. Nous discutâmes longtemps, puis en 1975 je partis en Israël pour y écrire seul un premier jet, ce qui est conforme aux méthodes d’Alain. La première version du script était informe et contenait au moins quatre possibilités de récit. La seconde fut une collaboration complète. Alain venait me voir à Londres, nous discutions pendant trois jours et j’écrivais pendant le mois suivant. Cela dura un an. Il y eut en fait quatre versions successives. Je prenais de nombreuses notes et Resnais me demandait d’abondants détails qui ne figureraient même pas dans
Providence, comme la biographie de chaque personnage. Il a une précision visuelle étonnante,et bien que je sois moi-même un écrivain assez visuel, sa vision à lui est nettement plus claire que la mienne.