Après une adolescence très turbulente, vous vous êtes enfui à Tokyo et vous y êtes devenu yakuza. Comment passe-t-on de gangster à réalisateur ?
A l’époque où j’étais yakuza, je m’occupais de la régulation de la circulation dans le quartier de Shinjuku. Lorsqu’un tournage y avait lieu, on devait demander l’autorisation de filmer aux yakuzas qui contrôlaient le quartier et, moyennant une compensation, ceux-ci surveillaient le tournage et s’occupaient de son bon déroulement. C’est à cette occasion que j’ai rencontré un producteur de la télévision et que je lui demandé, après ma sortie de prison, de me prendre comme apprenti. Il a accepté, et j’ai commencé à travailler comme régisseur puis comme assistant réalisateur. N’ayant aucune base théorique, c’est donc sur le tas que j’ai appris le métier, à force de persévérance. En travaillant pour la télévision, j’ai compris les contraintes liées au sponsoring et à la publicité, ce qui m’a profondément frustré. Je me souviens d’un jour où le président de Nihon Télévision a débarqué la veille d’un tournage et a demandé à ce qu’on change le scénario et tout le casting. J’étais tellement furieux que je l’ai menacé avec une chaise et que je suis parti sur le champ. Peu après, Mita, un agent d’acteurs, m’a téléphoné et m’a proposé de réaliser un film. Il me laissait carte blanche à condition que je filme des femmes nues de dos, ainsi que des scènes d’amour. A l’époque l’appellation pinku-eiga n’existait pas encore. La censure exercée par l’EIRIN (comité de censure du cinéma japonais) était très sévère, à tel point qu’on ne pouvait montrer ni poils pubiens, ni tétons. Je lui ai donc demandé si le jeu en valait vraiment la peine, mais il a insisté ; et c’est ainsi que j’ai fini par tourner
Doux Piège (1963), mon premier long métrage. Bien que j’ai respecté les instructions de Mita concernant les scènes de nus, mon scénario ne parlait que de contestation du pouvoir en place.