« Attendre pour mieux apprécier ».
Jerzy Skolimowski prend l’adage à la lettre. Quinze ans d’absence, mais cela valait le coup d’attendre. Le réalisateur polonais soigne son retour et il est en pleine forme. Avec
Quatre nuits avec Anna il signe
un film puissant, intimiste et dérangeant.
Ce long-métrage nous plonge dans un petit village de Pologne, à une époque indéterminée, où Léon Okrasa est employé dans un hôpital. Quelques années auparavant, il a été témoin d’un viol. La victime, Anna, est une jeune infirmière qui travaille dans le même hôpital. Léon passe son temps à l’espionner et tombe petit à petit amoureux. Elle devient une véritable obsession et il finit par s’introduire chez elle. Pendant quatre nuits, il s’installe et l’observe…
Le film est, au premier abord, dérangeant et oppressant. Soumis à un voyeurisme malsain, le spectateur s’y sent mal à l’aise. Les plans-séquences permettent d’installer cette ambiance intimiste où l’on rentre par effraction dans la vie d’Anna. Le spectateur l’observe, malgré lui, comme Léon le fait… Mais au fil des minutes, on comprend que ce n’est pas si simple et que le réalisateur a voulu montrer autre chose. Un long-métrage qui traite sur des valeurs actuelles. Film quasiment muet, avec une réalisation simple et soignée et des interprétations envoûtantes, le metteur en scène nous plonge dans un univers sur l’illusion, l’amour, le regard, l’obsession et la folie. À travers cette histoire, on découvre un homme qui tente de survivre et qui essaye d’exprimer ses sentiments dans une société où chacun vit dans sa solitude et son égoïsme. Le dernier plan est en l’apothéose : cet homme, perdu, qui cherche à se sociabiliser est condamné à se déshumaniser et à rester seul.
Quatre nuits avec Anna a fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en mai dernier… on comprend pourquoi.
Laurène Guillaume