Jacques Doillon, comme à son habitude, s’est penché sur une petite partie de la population, petite car moindre et plutôt jeune. Après les petits frères, les enfants malades et un sac de bille, le cinéaste s’attaque aujourd’hui aux dessous du peuple maghrébin. Un film de français tourné sur place, au Maroc, avec des acteurs professionnels ou non, en langue française – même si la plupart des dialogues sont en marocain.
Pourtant, ce mélodrame sur la situation actuelle des jeunes filles marocaines réduites à la prostitution ou aux travaux ingrats pour survire s’apparente à un coup dans l’eau. Ou plutôt dans le désert, quotidien et lieu de vie de Raja et de bien d’autres. Car
Jacques Doillon a tourné son film avec des yeux de français. Les personnages en sont totalement caricaturaux, les filles et mères n’ont que les mots " argent " et " mariage " à la bouche ; les maris et frères récoltent la monnaie et les femmes les coups.
Le cinéaste ne redore pas pour autant le blason français.
Pascal Greggory n’est qu’un paumé vulgaire à la recherche de quelques parties de jambe en l’air – mais avec de la chair fraîche et bien tendre. 14, 15 ans semble être pour lui une bonne moyenne d’âge. Raja en a 19, mais elle fait battre son petit cœur -ou peut-être autre chose- de gros dur, et ces deux oiseaux aux ailles brisées passent des jours à se chercher, se trouver, se rejeter, se désirer.
Bien que sans grande originalité, ce n’est pas tant l’histoire qui déconcerte et ennuie, mais plutôt les dialogues qui ralentissent le film à l’extrême. Le choc des cultures entraîne traduction, explications, perte de temps.
Pascal Greggory va même jusqu’à nous réexpliquer point par point l’histoire dans une des séquences finales ! Comme si Doillon se sentait obligé de mettre des paroles là où il ne pouvait tout expliquer avec des images. Quelques passages peuvent faire sourire, mais rien ne nous fera pleurer. Car Raja, pourtant enchaînée à son triste sort, ne fait pas vraiment peine à voir ; jamais l’on ne se sent vraiment proche des personnages.
Le seul petit bonus du film est peut-être
Pascal Greggory en totale improvisation avec ses deux servantes maghrébines, conversations spontanées où se mêlent confessions intimes et partie de rigolade.
Mais l’ensemble laisse un arrière goût bien amer. De quoi se mettre la tête dans le sable.
Aurélie Maulard