Romero : EN-GORE !

Romero : EN-GORE !
George A. Romero est la preuve vivante que l’on peut être à la fois l’un des maîtres du cinéma de zombie, à l’origine de nos pires cauchemars depuis des années, et un personnage vraiment sympathique. Il nous en dit plus sur sa tuerie annoncée : Diary Of The Dead - Chroniques Des Morts Vivants(24/06/08)

Résumé du film Romero : EN-GORE !

George A. Romero est la preuve vivante que l’on peut être à la fois l’un des maîtres du cinéma de zombie, à l’origine de nos pires cauchemars depuis des années, et un personnage vraiment sympathique. Et oui, avec ses lunettes noires, ses cheveux blancs et son sourire franc, le réalisateur de La Nuit Des Morts Vivants et de Zombie fume quelques cigarettes, se prête volontiers au jeu des photos et des autographes, et nous en dit plus sur sa prochaine tuerie annoncée : Diary Of The Dead - Chroniques Des Morts Vivants

Dans Land Of The Dead (le Territoire Des Morts), il y a un rapprochement entre les zombies et les humains. Ici, il semble que vous revenez à la genèse, au moment où ils sont clairement séparés…
Après Land Of The Dead (le Territoire Des Morts), j’ai réfléchi au film que je voulais faire. Ca avait été une énorme production, un vrai film hollywoodien… Universal m’avaient laissé faire ce que je voulais, mais il me semblait que j’avais perdu ce vers quoi je tendais au départ. Du coup, j’ai pensé à faire quelque chose sur les médias émergents, leur pouvoir tentaculaire... Et puis le tournage de Land of the Dead avait été très difficile, du coup pour Diary Of The Dead - Chroniques Des Morts Vivants j’ai pensé à une production bien plus petite, quitte à le tourner avec 200 000 dollars dans une petite université où je donne des cours. C’est finalement Outfire qui a produit le film, et quand ils m’ont demandé combien j’aurais besoin pour le tourner en studio, j’ai dit 2 millions de dollars sans les salaires, et pour moins de 4 millions tout compris. Pour ce prix-là, j’avais le contrôle complet sur le film. Je suis alors revenu à la première nuit, et j’ai eu cette idée d’étudiants qui tournent un film d’horreur et sont surpris par la venue réelle des zombies. Ils essaient d’enregistrer ce qui se passe, pour témoigner. J’ai utilisé des bande-sons des films précédents pour montrer qu’il s’agissait non pas d’une suite, mais d’un projet parallèle.

Le film est tourné en caméra subjective… Ce sont les comédiens qui tenaient les caméras ?
Non, cela aurait été impossible ! Il y a bien quelques moments où ils filment – comme le moment où Tony voit son reflet dans une fenêtre, celui où Jason se voit dans un miroir - mais tout devait être chorégraphié, bien plus que dans mes films précédents. Parce que ça a l’air facile, mais en réalité ça a été vraiment dur à filmer ! On répétait 6 heures pour 10 minutes de tournage. Et si on a pu tourner le film en 20 jours, c’est parce qu’on pouvait filmer 8 pages en une journée.

Y a-t-il des voix connues dans les voix-off ?
En fait, on a d’abord tourné l’action principale, et ensuite j’ai réfléchi à la narration du film. Vous avez probablement reconnu les voix de Quentin Tarantino, Guillermo Del Toro, Tom Savini, Simon Pegg, Wes Craven… J’ai également appelé Stephen King pour lui demander s’il voulait faire une voix. On a pu faire ça au téléphone car il s’agissait de voix de radio.

Une phrase revient à plusieurs reprises dans le film : "Si ce n’est pas filmé, ça n’existe pas"
Parce qu’aujourd’hui nous avons tous une caméra. Les médias demandent à tout le monde ses images quand il y a des événements importants. On a vu des guerres en direct... On a aujourd’hui l’impression que ces images sont plus réelles que la vie.

Pourquoi avez-vous filmé en HD ?
Faut demander au directeur de la photo ! En fait, on peut tout de suite jouer avec les images avec ce format-là, changer la lumière, la couleur… Moi j’aime beaucoup les véritables effets spéciaux, mais il faut reconnaître l’utilité des effets numériques. Sans le numérique il faudrait nettoyer le sang à chaque prise…

Avez-vous ri pendant le tournage avec les 20 zombies ?
On est toujours à la limite. Quand j’explique aux acteurs comment faire les zombies, si je fais un geste, ils font tous exactement le même geste. Alors je leur demande simplement de faire la meilleure imitation qu’ils peuvent d’un mort-vivant. Parfois on voit des trucs vraiment marrants ! Dans Land Of The Dead (le Territoire Des Morts), pour des raisons syndicales, je devais utiliser des zombies syndiqués. Ma fille voulait faire une apparition dans le film et je n’ai pu lui autoriser qu’un jour où l’on avait 65 acteurs syndiqués sur le plateau ! Ce qui a compliqué les choses, c’est que les zombies de Diary Of The Dead étaient les mêmes que ceux de Dawn Of The Dead et du remake de Zack Snyder. Et il n’y a pas tant de zombies syndiqués que ça au Canada ! Du coup, il fallait que je fasse tout pour qu’on ne les reconnaisse pas !

De tous vos films, Diary of the Dead est celui qui s’éloigne le plus du genre que vous avez créé. Est-ce que parce que vous avez passé votre vie à créer ce genre, et que vous voulez passer à quelque chose d’autre ?
Non je ne pense pas. Vous parlez du gore ? Alors non. Pour moi quand vous filmez un film objectivement, les séquences gore sont importantes et prennent beaucoup de temps. Cela me paraît plus efficace de faire comme ça.

Est-ce que c’est la raison pour laquelle les personnages ne surréagissent pas comme c’est courant dans les films de zombies ?
Je ne sais pas. Mes personnages à moi n’ont jamais réagi des masses devant l’horreur. Ils avaient tendance à juste bouger les sourcils quand ils voyaient un personnage se faire décapiter… Ils font écho à l’insensibilité dans laquelle on est aujourd’hui face aux images. Quand Scotty voit que le type se fait décapiter par les pales de l’hélicoptère, il réagit à peine, donc ce n’est pas nouveau. C’est en fait très BD pour moi.

Votre film sort en France en juin, donc après Cloverfield et Rec. Vous ne craignez pas que le public ne soit pas surpris par cette technique ?
Peut-être. Mais pour le moment, il semble que j’ai de la chance, parce que d’après ce que j’ai pu lire sur ces films, ils utilisent cette technique sans vraiment la commenter… Je ne les ai pas vu, mais j’ai été très étonné ! Je ne savais pas que ces films allaient être faits, je pensais qu’on serait les premiers. Nous sommes finalement « à la mode » ! Dans le même genre j’aimerais beaucoup voir Redacted de Brian De Palma… Apparemment il veut dire de ne pas croire ce que l’on voit.

Vous travaillez déjà sur une suite ?
Et bien comme ce film a coûté si peu, il a été remboursé juste avec les préventes européennes… Donc on parle effectivement d’une suite, mais je ne suis sûr de rien tant que je n’ai pas de chèque ! J’étais en grève de toute manière jusqu’à récemment... J’y réfléchis, je me demande par exemple si je vais ou non conserver la caméra subjective…

D’où vient votre passion pour les morts vivants ?
C’est mon fond de commerce, si vous voyez ce que je veux dire ! C’est réellement ça ! Je raconte toujours pour rire que si la Maison Blanche était bombardée, j’y enverrais des zombies, et je trouverais tout de suite un studio pour faire un film !

Vous pouvez peut-être répondre à la question qui hante l’être humain : qu’y a-t-il après la mort ?
Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à cette question. Je ne vais pas aussi loin… Les morts représentent n’importe quel grand changement, et non pas quelque chose en particulier. Mes histoires concernent les gens. Les mauvaises personnes sont toujours parmi les humains. Et il s’agit de voir comment ils réagissent, bêtement parfois. En fait, j’essaie de faire un tableau de ce qui se passe dans le monde…

Vous disiez tout à l’heure que c’était votre fond de commerce. Est-ce un genre qui permet d’aller plus loin que d’autres ?
Je suis surpris que plus de gens n’utilisent pas le fantastique au cinéma pour en faire des métaphores, parce que c’est un genre très ouvert. Je n’essaie pas d’être Michael Moore, je ne veux pas répondre à des questions, je veux juste montrer des choses, capter une réalité que je vois pas… Je ne fais pas une dissertation ! Et avec les films d’horreur c’est plus facile car je ne suis pas obligé d’aller jusqu’au bout de mon propos, je ne suis pas obligé de finir mes phrases.

Pensez-vous que vous êtes comme prisonnier de ce genre ? Condamné à faire ce genre de film ?
Bien sûr, on attend que je fasse ce genre de films… Et c’est vrai que j’aimerais beaucoup qu’on fasse appel à moi pour des projets différents. Mais je ne me sens pas prisonnier non plus… J’ai fait des choses dont je suis assez fier. J’aime travailler dans ce genre, j’aime la liberté qu’il me donne. J’ai mon avis et je peux le donner.

Où placeriez-vous les films que vous avez faits en parallèle, comme Martin, Knightriders, Monkeyshine ?
Martin est un projet personnel, qui reste mon film préféré. Les deux autres sont des adaptations, ça a donc été beaucoup plus facile de travailler dessus… Quand c’est votre propre film c’est beaucoup plus dur ! Knightriders est peut-être mon film le plus personnel, et Ed Harris dans ce film serait peut-être mon alter ego. Avec Martin, c’était comme un rêve, une idée qui m’était arrivée comme ça. On l’avait fait avec un très petit budget, entre copains, et j’ai fait un film très proche de ce que je voulais faire.

Est-ce qu’il serait possible de tourner aujourd’hui un film aussi révolutionnaire, radical que Zombie ?
J’imagine que si vous aviez l’envie et le budget, vous pourriez le faire. Quand Zack Snyder en a fait un remake, (L’armée Des Morts), il a fallu repeindre les enseignes publicitaires. Ils ne laissaient plus les gens aller dans les magasins. On ne peut pas utiliser d’éléments réels aujourd’hui… A l’époque la banque nous prêtait même de l’argent !

Et concernant la censure, vous n’avez pas eu de problème ?
A l’époque, si le film s’est fait, c’est parce que le distributeur était prêt à ne pas passer devant la commission de censure.

Pensez-vous que l’humour et l’horreur sont liés ?
Mes films ont des personnalités doubles. J’essaie de prendre très sérieusement le propos sous-jacent, mais la surface est vraiment tirée des comics books… J’ai grandi avec Tales of the Crypt par exemple, qui est une adaptation libre d’humour et d’horreur. C’est naturel pour moi…

Quand vous voyez un film d’horreur, vous arrive-t-il encore d’avoir peur ?
Pas depuis longtemps. Vous apprenez à vous immuniser contre ces films. Vous les intellectualisez. Depuis Répulsion, rien ne m’a vraiment fait peur…

Propos recueillis par Charlotte Spinazzé (Paris, mars 2008)

Les avis sur le film Romero : EN-GORE !

 
 
     

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