Au milieu des années 90, le cinéma de Hong Kong a subi la crise la plus importante de son histoire : rongée par une piraterie exponentielle et la fuite de ses talents les plus reconnus à Hollywood (
John Woo en tête), beaucoup pensaient qu'il ne s'en relèverait pas.
Johnnie To n'était pas de ceux-là. Son mot d'ordre, à travers sa maison de production Milkyway Image, est d'alterner, de manière quasi métronomique, les films commerciaux exclusivement destinés au marché local avec des œuvres beaucoup plus ambitieuses dans lesquelles il peut exprimer les thèmes qui lui sont chers. RUNNING ON KARMA fait définitivement partie de la seconde catégorie. Thriller ? Farce ? Drame ? Parabole philosophique sur le bouddhisme ? Le film de
Johnnie To est en fait tout cela à la fois, un amalgame d'idées de mise en scène proprement démente, de cadrages ingénieux et de ruptures de ton qui rendent cette œuvre complètement singulière. Traversé par des éclairs de violence inouïe, de scènes surréalistes et d'effets spéciaux bluffants, RUNNING ON KARMA est une œuvre à part. La star d'INFERNAL AFFAIRS et de FULLTIME KILLER
Andy Lau (un des acteurs fétiches de To avec
Lau Ching-wan) incarne Big et prouve, s'il en était encore besoin, qu'il a l'envergure des plus grands et donne à son personnage un mélange de candeur et de force qui parachève ce film aussi atypique que bouleversant.
Jean-Pierre Dionnet : “RUNNING ON KARMA procède du mélodrame, genre sous-estimé en Occident et triomphant en Asie, puisqu'il mélange le rire et les larmes, l'horreur et l'émotion. En Occident, nous sommes habitués à ce que les comédies soient des comédies et les drames des drames, vieux restes des règles classiques de Molière, Corneille et Racine. Mais en Asie on sait que la vie ressemble bien d'avantage à un mélodrame. Voici donc un film qui mélange les genres avec une habileté consommée avec, en gros, trois films pour le prix d'un.”