L’amour, comme le bon vin, se bonifierait-t-il avec l’âge ? Pouvons-nous vivre une nouvelle histoire romantique la soixantaine passée, où sommes nous condamnés à rester sur nos acquis pour achever notre existence ?
Depuis plus de trente ans, Inge vit avec son mari, au travers d’une relation stable, heureuse et affectueuse. Jusqu’au jour où elle croise le regard d’un homme encore plus âgé qu’elle, et qu’elle redécouvre le bonheur de l’amour passionnel et des premières relations intimes. Sa conscience et son attachement aux valeurs vont l’obliger à avouer l’inavouable, au risque de briser la vie et le cœur de ses proches, bercés jusqu’à l’inaction dans le train train quotidien.
Avec
Septième Ciel,
Andreas Dresen nous livre un film remarquable. Comme beaucoup, il semble associer le troisième âge à l’enfance, voire l’adolescence, mais pas avec les mêmes intentions. Il ne voit pas leurs âmes vieillir, seulement leurs corps, un peu plus lents, un peu plus ridés, mais toujours avec cette jeunesse et ce désir d’exprimer l’amour par la tendresse des caresses et des petits gestes. Cet avis est partagé par ses acteurs, que l’on voit complices dans cette volonté de révéler au grand jour les relations sexuelles des personnages âgés. Pour nos plus grand bien,
Andreas Dresen se refuse de cacher ces vieux que l’on ne saurait voir. La mise à nu est totale, et brise les tabous d’un puritanisme vétuste et nauséabond.
Sa caméra, il la place au plus près de ses acteurs, suivant leurs faits et gestes, s’immisçant dans leur quotidien. La réalisation à l’épaule est quelquefois remplacée par des plans stables, garant de suspense et de poésie. Ce choix technique est dû avant tout à l’improvisation imposée à ses acteurs.
Le résultat est étonnant, et l’identification immédiate aux personnages démontre que l’âge n’est pas une barrière à la compréhension. Atteindre le neuvième nuage, traduction littérale du titre original, est à la porté de tous. La force du film est également liée aux acteurs, et notamment
Ursula Werner et
Horst Rehberg, qui incarnent à l’écran un couple émouvant et déchirant de vérité.
Si le film marque par sa modernité, Dresen montre finalement comment la société nous condamne à l’immobilisme, et le destin des personnages se lie à une fin tragique. Devons-nous respecter le confort de nos proches qui se prélassent dans les acquis quotidiens, ou pouvons-nous les perturber pour notre propre bien-être ?
Sans prescrire une réponse concrète, les questions du réalisateur amorcent le début d’une réflexion que chacun, condamné à vieillir et aimer, doit se poser.
Nicolas Ferminet