Là où les making off n’offriraient qu’une version édulcorée de la réalité,
Catherine Breillat entend restituer avec authenticité "le cœur" du tournage et précisément les affres de la direction d’acteurs et de l’interprétation, lorsque le corps doit exprimer le désir.
Comment donner de la vie à des scènes sexuelles, intimes, alors que les obstacles sont multiples ? Le désir est absent entre les deux principaux protagonistes, lourdeur de l’équipe de tournage, le metteur en scène doit se livrer à une véritable lutte pour obtenir des comédiens ce qu’il entend faire du film, ou encore l’attirance réciproque entre la réalisatrice et son interprète masculin révèle avec acuité les lacunes de celui-ci devant la caméra.
Catherine Breillat s’attaque ici de nouveau à son thème de prédilection à travers le prisme de la création cinématographique. Malheureusement le film n’est pas à la hauteur de l’ambition affichée.
L’interprétation est caricaturale. Les tirades sur le corps et le désir filmés donnent au personnage interprété par
Anne Parillaud un air cabot. Les réflexions sur les difficultés d’un tournage sont attendues.
La référence, empreinte de gravité, à la domination pour décrire les relations entre le metteur en scène et son principal acteur, aussi pertinente soit-elle, est exploitée avec indigence. On retrouve tous les poncifs du genre : caprices d’acteurs, relations tumultueuses etc. Si l’on trouve quelques accents de légèreté, l’humour s’essouffle avec la répétition.
Si deux scènes se détachent pour démontrer avec brio comment "l’intimité cinématographique" parvient à faire illusion, le reste nous paraît bien laborieux et vain. Paradoxalement, car c’est ce qui est fustigé dans le film, on arrive à la conclusion que tout ça manque de chair.
Mavo Ranaivo