A l’occasion de la sortie en salles de son nouveau film,
She Hate Me,
Spike Lee était de passage à Paris en octobre dernier. Rencontre avec le réalisateur de
Malcom X.
Vos films sont souvent des pots pourris de thèmes qui n’ont, à priori, pas de liens évidents entre eux mais le tout donne un bon résultat. Une recette particulière ?
Spike Lee : Je suis un cinéaste qui réalise des films qu’il aimerait voir en tant que spectateur. Aussi, le sens de l’esthétisme est très important à mes yeux.
She Hate Me montre une approche différente de la famille, la partagez-vous ?
SL : J’ignore si cela doit être une image de la famille du futur mais je crois qu’on devrait élargir son concept tout du moins. Deux ou trois parents c’est toujours mieux qu’un seul à mon avis !
A l’instar du personnage principal, John Armstrong, qui est cadre supérieur, on peut noter une évolution du statut social des afro-américains dans vos films…
SL : J’ai toujours cherché à explorer des visages divers de la communauté noire, l’essentiel pour moi étant de contre-carrer la vision hollywoodienne où elle est représentée par des dealers ou des rappeurs-gangsters.
A ce propos, y’a-t-il des améliorations quant au respect des droits des afro-américains selon vous, qui êtes concerné par ce combat ?
SL : Apparemment, ce n’était pas franchement une priorité du gouvernement Bush. Je pense d’ailleurs qu’il s’agit du pire mandat que nous ayons connu à ce sujet. C’est pourquoi il est impératif de voter.
Pensez-vous orienter vos scénarios futurs selon le résultat des élections américaines ?
SL : J’ai déjà une idée de mon prochain film. Après, c’est à voir…mais prions pour que je n’aie pas à prendre ce genre de décision.
Quelles relations entretenez-vous avec la France et son cinéma ?
SL : Je connais bien le cinéma français même si je n’ai pas regardé de films récents.
Ce métier me permet de voyager fréquemment et Paris constitue ma première destination. Voyager permet de voir et de mieux comprendre le monde. C’est attristant de savoir que seuls 25 % de mes concitoyens possèdent un passeport.
Que pensez-vous de Jamel Debbouze ?
SL : Jamel est un acteur très talentueux qui possède de véritables dons comiques. Même si son anglais n’est pas très fluide, il est en tout cas bien meilleur que mon français !
Avez-vous déjà pensé à l’éventualité de faire un film qui évoquerait l’Afrique, la terre de vos ancêtres
SL : Une partie de
Malcom X se déroule déjà en Afrique mais, en effet, j’aimerais à nouveau tourner là-bas. La différence c’est qu’à présent j’ai l’impression d’avoir un véritable lien avec mes ancêtres grâce au progrès scientifique. L’ADN m’a récemment permis de connaître mes origines exactes : le Cameroun du côté de mon père et le Sierra Leone du côté de ma mère. Dorénavant, tout comme les descendants d’immigrés porto-ricains, italiens et irlandais, les Afro-américains savent d’où ils viennent.
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Propos recueillis par Valérie Berthoule (Paris, octobre 2004)