En 1971, les Rolling Stones sortent
Sticky Fingers, un de leur album les plus réussi. Cinq ans plus tard,
Martin Scorsese réalise
Taxi Driver, qui hante encore la mémoire de tous les cinéphiles.
Shine a light, c’est avant tout cela. La rencontre entre deux mythes, avec d’un coté, un cinéaste à la renommée internationale, génie de la mise en scène, et de l’autre, probablement le plus grand groupe de rock’n’roll du monde. Deux mythes qui ont grandit quasiment côte à côte, jusqu'à devenir ce qu’ils sont aujourd’hui.
Martin Scorsese est un fan de musique des années soixante et soixante-dix depuis bien longtemps. Pour s’en convaincre, il suffit de réécouter ses bandes originales, truffées de morceaux rares. Il fut aussi premier assistant réalisateur sur le documentaire
Woodstock en 1970 et, en 2005, il filme une de ses idoles, Bob Dylan, en réalisant un documentaire passionnant sur l’emblème d’une génération,
No Direction Home : Bob Dylan.
Réussir à filmer les Rolling Stones en concert est donc un rêve de plus qui se concrétise pour le réalisateur, et il n’a pas fait les choses à moitié. Autour de seize caméras, il a réuni les meilleurs cadreurs et directeurs de la photo contemporains, multi-récompensés pour la plupart comme
Robert Richardson,
John Toll ou encore Andrew Lesnie.
La préparation technique est un des éléments très important du film, puisque entièrement mise en scène. Martin Scorcese joue avec son image, montrant les difficultés à allier les besoins du cinéma et les impératifs d’un concert dans une salle aussi légendaire que celle du
Beacon Theater de New York. Ces scènes, souvent cocasses, sont entrecoupées avec les séquences montrant les quatre Rolling Stones en pleine préparation. On y découvre d’ailleurs un
Mick Jagger très sérieux, très professionnel, décidant des moindres détails du concert.
Ces séquences sont captivantes, comme celles nous laissant pénétrer dans les parties backstages du concert, car nous donnant à voir l’organisation extrêmement bien rodée du groupe, à l’instar d’une entreprise, et en complète opposition avec les séquences d’archives qui elles nous montrent Mick Jagger, Keith Richards, Charlies Watts et Ron Wood naïfs et ne s’attendant pas aux mouvements de foules qu’ils allaient déchaîner.
Finalement, la partie concert est en elle-même la moins intéressante. Même si visuellement, par la mise en scène, le décor et la scénographie du concert, il n’y a rien à redire, on s’ennuie un peu. Les Rolling Stones enchaînent les tubes et les morceaux moins connus, réalisent quelques duos, et malgré l’énergie qu’ils veulent transmettre et les déhanchements effrénés de
Mick Jagger, l’ensemble nous parait être un peu statique, loin de l’énergie brute qu’on aurait aimé voir se dégager du groupe.
On se met à regretter que
Martin Scorsese n’ait pas réalisé ce film trente ans auparavant, un film qui aurait probablement été plus brouillon, mais bien plus en phase avec l’essence même du rock’n’roll.
Marianne Fakinos