Parce qu'il ne voulait plus grelotter dans le froid pour s'en griller une, Ramirez, comptable d'une petite société espagnole rachetée par les Américains, fait circuler une pétition pour obtenir une « smoking room ». Ssans le savoir, c'est plutôt lui qui va être grillé.
Pour leur premier long métrage, les deux cinéastes espagnols empruntent au théâtre autant qu'au fameux dogme. Tous les bureaux, un brin sale et sans lumière, se ressemblent… Tous leurs occupants, obsédés par leur propre existence, aussi. L'idée de base était plutôt bonne - malheureusement, le traitement est vraiment très (trop) ciblé. Car ce qui aurait pu être une comédie noire, acide et un brin corrosive s'avère être une succession de longs monologues sur la vie et ses petits tracas, filmé au couteau et coupé à la hache. La caméra, à l'épaule, vibre et zoom sans arrêt, les gros plans et les cadres non conventionnels se succèdent et le montage, aléatoire, manque cruellement de rythme. D'autant que les personnages parlent de racisme, de ségrégation, de jalousie, de trahison, de liberté bafouée, mais que le film, affreusement lent, s'écoute et se regarde parler bien trop souvent. Certains y verront un pamphlet contre la dictature du profit et la difficulté d'exister en tant qu'être humain dans une entreprise… d'autres un film original mais maladroit, ennuyant et finalement agaçant.
Du cinéma social, donc, mais loin d'être populaire.
Aurélie Maulard