Qu’est-ce donc que cet ovni ? Avant de pouvoir pleinement apprécier
Super Nacho, quelques mises au point s’imposent. Si le réalisateur
Jared Hess est un illustre inconnu chez nous, il est un véritable prophète en son pays. Jeune prodige de 27 ans, formé à l’école du clip et de la pub, il explose outre-Atlantique, en 2004, avec son incroyable
Napoleon Dynamite. Tourné en 22 jours avec un budget de quelques milliers de dollars, cette parodie acide des
teen movies (plus près de
Ghost World que d’
American Pie) en rapporte la bagatelle de 40 millions !!! Festivals, bouche à oreille, etc. les personnages de Napoleon, Pedro ou Kip deviennent cultes… et
Jared Hess un demi dieu pour la nouvelle contre-culture américaine. Même Trey Parker et Matt Stone (les papas de la série
South Park) en sont fous.
Ici, finies les interrogations existentielles décalées et place à la surenchère rigolarde et kitschissime… Et le projet est des plus séduisants, même si on a certes connu
Jared Hess plus subtile.
Super Nacho nous offre l’occasion de retrouver le goût du ridicule, de l’humour absurde et décalé et des anti-héros si chers à Hess. Là où Napoleon touchait grâce à une espèce d’autisme irrésistible, le bulldozer comique Nacho nous plie en deux dans notre fauteuil. Hess laisse de côté ses « nerds » fétiches et s’en invente de nouveaux, tout aussi tordants et tordus. Nacho et le Squelette – sortes de Laurel et Hardy modernes - reprennent fièrement le flambeau de Napoleon et Pedro… Et on ne vous parle même pas de l’armada de catcheurs kitschs qu’ils croisent sur leur route…
Il est clair ici que le réalisateur de
Napoleon Dynamite vise un public plus large qu’à ses débuts ; et à l’absurde viennent s’ajouter des incursions de blagues scatos plus ou moins bien senties. Napoleon était confidentiellement culte, Nacho serait-il publiquement cul ? Certainement pas, ne serait-ce que par sa photo splendide. Bon, il est vrai que si les situations sont souvent savoureuses, humour nerd et farce potache réagissent parfois comme huile et vinaigre et il arrive à
Super Nacho de tourner à deux vitesses – d’où une sensation de décalage maladroit et de manque de rythme. Heureusement,
Jack Black fait exploser ses potentiels comique, capillaire et facial – l’acteur n’est pas loin d’obtenir le titre de « face de pâte à modeler » - et insuffle une véritable énergie au film. L’acteur y croit et porte son personnage avec cœur et force. Sans compter un générique d’ouverture excellent et les costumes des catcheurs d’ores et déjà mythiques.
Oui, c’est vrai, c’est un peu maladroit par moments, mais qu’est-ce qu’on rigole !
Eléonore Guerra